Dune : Prophecy, le ver de trop [Critique]

Dune : Prophecy ne laisse planer aucun doute sur ses ambitions : incarner à tout prix le nouveau Game of Thrones, quitte à calquer bêtement ses scènes cultes.
Dans un futur où l’humanité a voyagé à travers la galaxie, une mystérieuse sororité appelée Bene Gesserit navigue entre les batailles politiques et les imbroglios de l’Imperium, poursuivant un but bien précis et bien à elle.
C’est toujours la même rengaine. L’industrie télévisuelle ne peut plus produire de blockbusters en costumes sans que les comparaisons à Game of Thrones ne fusent dans tous les sens. The Witcher, Les Anneaux de Pouvoir, Foundation, La Roue du Temps et plus récemment Shōgun ont ainsi dû encourir les rapprochements fumeux, au motif que ces adaptations de bouquins ont coûté quelques (dizaines de) millions de dollars. Dans le tas, il en est toutefois qui ambitionnent réellement de suivre les traces du Trône de fer version HBO et ne font par ailleurs aucun effort pour le cacher. C’est le cas de Dune : Prophecy, transposition à l’écran du roman préquel La Communauté des sœurs, que la chaîne HBO (encore elle) conçoit à la fois comme une excroissance des longs-métrages de Denis Villeneuve et le potentiel héritier de son plus grand succès financier. Et pour faire passer le message, les scénaristes n’y vont pas avec le dos de la cuillère. L’épisode pilote est ainsi ostensiblement calqué sur celui de son modèle, repassant ses moments emblématiques sous un filtre science-fictionnel : présentation successive d’une multitude de factions, annonce de batailles politiques encore floues, scène de sexe gratuite et geste cruel envers un marmot en guise de cliffhanger, tout ça distillé d’un bout à l’autre de la galaxie et emballé avec un minimalisme villeneuvien. Un presque-remake qui aurait pu faire son petit effet si les techniciens à la barre n’étaient pas de mauvais élèves qui récitent fièrement leur leçon sans se préoccuper du sens. En cela réside l’énorme souci du spin-off : l’absence totale de compréhension – et par extension de vision – derrière sa production colossale. En d’autres termes, Dune : Prophecy sonne creux et programmatique.
Nous voilà dix mille ans avant que Paul Atréides ne fasse des folies sur Arrakis. L’Imperium, empire aristocratique au contrôle de l’univers, vient de naître après qu’une guerre contre l’intelligence artificielle ait failli anéantir l’espèce humaine. Dans ce contexte de paix fragile, l’ordre du Bene Gesserit, tout neuf lui aussi, se répand tel un poison parmi les grandes maisons, ses sœurs murmurant à l’oreille des puissants afin de faire tourner le monde dans le sens qui leur convient. Insaisissables et inquiétantes chez Lynch et Villeneuve, dépeintes tels des spectres arpentant les galaxies à leur guise, le show fait d’elles des figures de premier plan en révélant, par exemple, les origines de l’organisation religieuse et l’inauguration de leurs pouvoirs mystiques, sans amenuiser leur froideur contagieuse. Puisque intéressée par les messes basses et autres expressions de complotisme, Dune : Prophecy est naturellement une série bavarde, le gros de son action se divisant en champs-contrechamps où les personnages se livrent à des bras de fer oraux. Mais l’avalanche de parlottes est également révélatrice du peu de raffinement dont fait preuve cette adaptation, au verbe aussi pauvre (voire vulgaire, selon les épisodes) que sa réalisation est terne. La prose élevée des romans de Frank Herbert laisse place à des jérémiades sans la moindre portée, déclamées par un jeune casting à côté de la plaque, lequel ajoute considérablement à la vacuité du projet : en dépit d’efforts sur les costumes et les environnements (soit concentrés sur la façade), et d’effets de diversion (une narration aléatoire), la série n’a pour elle que l’irrésistible Travis Fimmel, toujours abonné aux rôles de guerrier impétueux. Un peu juste pour incarner « le nouveau Game of Thrones ».
