House of the Dragon (Saison 2), le règne du feu [Critique]

Alors que la précédente présageait une baston imminente, la deuxième saison de House of the Dragon réfléchit intelligemment aux conséquences de la guerre. Du grand Game of Thrones.
Westeros est à l’aube d’une guerre civile sanglante entre les deux camps rivaux se disputant la légitimité de leurs souverains respectifs sur le trône de fer, le Roi Aegon et la Reine Rhaenyra.
De mémoire de téléspectateur, peu de séries télévisées ont porté autant d’enjeux que House of the Dragon. Pérenniser la marque Game of Thrones en constitue déjà un de taille, d’autant plus lorsqu’il faut reconquérir son public après une huitième saison loin d’avoir fait l’unanimité. Mais le spin-off s’insère de surcroît dans un contexte concurrentiel féroce, digne de celui développé par ses scénaristes : la guerre du streaming, menée par les géants du petit écran (mais pas que), tous prêts à grappiller des parts d’audience comme l’on conquiert des territoires, tous munis de leur plateforme de diffusion, de leur armée de programmes originaux et de leur propre blockbuster de fantasy, avec l’espoir de rencontrer un triomphe identique à celui des aventures de Daenerys Targaryen, Jon Snow et compagnie. Miracle (ou pas), la prestigieuse chaîne HBO, détentrice des droits d’adaptation du Trône de fer, est la seule à avoir su produire un héritier capable de combler le trou béant laissé par Game of Thrones, et ce via un préquel (ledit House of the Dragon) furieusement passionnant. Sa deuxième saison ne fera pas dire le contraire, elle qui comme la précédente passe à la loupe les rapports politiques à l’origine de la désintégration de la famille Targaryen et qui, dans le même temps, revendique marcher dans les pas de la série-mère en retrouvant son rythme. Sa narration toute en ellipses, qui laissait filer des années entre les épisodes (au point de voir la moitié de la distribution être remplacée en cours de route), s’est en effet détendue pour un suivi moins hachuré des personnages et de leurs intrigues épineuses. Le continent imaginaire de Westeros récupère ses respirations d’autrefois, ces scènes de vie où l’univers de George R. R. Martin paraît exister de lui-même, un parti pris allant de pair avec un élargissement global des points de vue. Jusque-là niché dans les tours des châteaux, le show descend dans les rues de la capitale pour sonder le petit peuple et couvrir l’ensemble des conséquences de la guerre, de ses répercussions économiques à ses étincelles de révolte, qui détaillent ingénieusement le tableau d’un monde en crise et celui de dirigeants inquiétés.
Et alors que la saison précédente présageait une baston imminente entre dragonniers, la seconde se la joue Oppenheimer. Les blondinets les plus lucides freinent des quatre fers, malgré leur implication dans cette course effrénée au pouvoir, afin d’éviter une réaction en chaîne qui pourrait rayer le royaume de la carte. Leur aura divine détournée, les dragons sont telles des bombes nucléaires, des armes de dissuasion massives que leurs propriétaires rechignent à enclencher, encore plus à céder. Les séquences de parlotte politique s’imposent dès lors comme les plus délectables : c’est là que les stratégies s’établissent, que les trahisons se fomentent, que le casting performe et que la série ajuste au mieux son panel de thématiques. Non pas que House of the Dragon ait perdu son sens de l’épique, étant toujours prompt à mettre en scène des affrontements grandioses, bardés d’effets spéciaux, mais le préquel rend davantage trépidant son portrait de femmes ligotées par leur devoir de reine, de mère, et devant composer avec la fougue des hommes. Autour d’elles, l’orgueil masculin, actuellement la pièce la plus lourde sur l’échiquier ouestrien, fait des ravages et contraint tout ce beau (mais méchant) monde à réviser sa responsabilité de souverain. Le spin-off dissèque là, avec un doigté qui laisse pantois, la conscience de ceux qui décident et l’établit comme le champ de bataille principal de cette deuxième saison. L’exercice prend quelquefois une forme étonnante. Comme c’est le cas pour Daemon Targaryen (Matt Smith, magnétique), à qui les scénaristes réservent une introspection aux frontières du surnaturel – des prédictions en pagaille et apparitions de fantôme – tandis que ses adversaires exorcisent leurs remords de manière plus conventionnelle. Mystiques ou terre-à-terre, les psychanalyses auxquelles se livrent la série se rejoignent cependant toutes concernant leur rapport à la vengeance, la loin du talion résonnant particulièrement fort dans les chambres princières. À l’odeur des cendres, du sang et de l’inceste, s’adjoint celle enivrante de l’autodestruction.
