Game of Thrones : les meilleurs épisodes de la série [TOP]

Soixante-treize épisodes. Un classement.
Combien d’œuvres de fiction peuvent se targuer d’avoir fait de chacun de leur épisode un rendez-vous planétaire ? Peu, probablement, mais Game of Thrones compte irréfutablement parmi elles. Retour sur les dix chapitres les plus grands de cette odyssée télévisuelle adaptée des romans de George R. R. Martin qui fit battre le cœur – parfois un peu trop vite – du public dix ans durant.
Mentions honorables
- Les Enfants (Saison 4 – Épisode 10)
- La miséricorde de la Mère (Saison 5 – Épisode 10)
- Les Veilleurs au rempart (Saison 4 – Épisode 9)
- La Longue Nuit (Saison 8 – Épisode 3)
- La Montagne et la Vipère (Saison 4 – Épisode 8)
10. Les Butins de guerre (Saison 7 – Épisode 4)

Depuis l’acquisition de ses dragons, les projets de Daenerys Targaryen de régner sur Westeros s’étaient doublés d’un autre fantasme, plus trivial : voir ces trois bêtes participer à la conquête de leur mère en cramant les figurants qui croiseraient leur route. Les Butins de guerre donne enfin l’occasion à l’un d’eux d’accomplir cette funeste prouesse. Si le spin-off House of the Dragon approfondira plus tard la perception du dragon comme arme de destruction massive, l’épisode énonce déjà les grandes lignes de cette réflexion : le massacre des troupes est précédé d’un grondement sourd, puis le monstre apparaît aux yeux de ses futures victimes, désintégrées en une fraction de seconde. La scène est courte. Elle n’en précise que mieux la nature de ce que la série a mis six saisons à construire : une promesse de puissance absolue, rendue dans toute sa brutalité sans que le spectacle ne s’y attarde davantage. Plus terrassant encore, le programme distribue la terreur à parts égales. La mère des dragons gagne la bataille, mais l’action, captée depuis le sol, donne simultanément à voir Jaime Lannister esquiver une mort terrible.
9. L’hiver vient (Saison 1 – Épisode 1)

Si Game of Thrones se garde d’exposer l’ensemble de ses caractéristiques narratives au cours de son formidable pilote, histoire d’en avoir encore un peu sous le coude pour la suite, la série informe néanmoins son public de quelques règles élémentaires. Comme le fait que son univers de fantasy fonctionne sur deux tensions indissociables : la première, politique, met en scène des forces en équilibre précaire, héritées d’alliances passées et de blessures jamais refermées ; la seconde, fantastique, rappelle que le jeu des puissants se déroule au bord d’un gouffre métaphysique dont ils ignorent l’ampleur. En attendant que ces deux dimensions ne se fondent en une, l’avantage est donné aux intrigues de la cour, un terrain sur lequel L’hiver vient s’impose comme un modèle d’exposition et de caractérisation. Mais aussi méticuleuse soit-elle, cette organisation n’exclut pas le surgissement, déjà, d’une violence fondatrice : la conclusion prévient que les stratégies les mieux établies peuvent s’effondrer en un geste et que l’ascension d’un personnage importe moins que la fragilité de sa position.
8. La Néra (Saison 2 – Épisode 9)

Que les showrunners décident d’interrompre les allers-retours narratifs entre continents pour se concentrer sur un lieu unique en dit long sur les enjeux de la bataille de la Néra. Stannis Baratheon, débarqué seulement quelques épisodes plus tôt, entend conquérir Port-Réal – puis le reste de Westeros – par la mer et se heurte aux stratégies militaires d’un Tyrion Lannister bien conscient que sa survie dépend de celle de la cité. C’est là le premier affrontement d’ampleur de la série, après des passes d’armes tendues mais limitées à une poignée de figurants, que Game of Thrones couvre de son déclenchement oppressant à sa conclusion explosive. Redoutable en matière d’action, le show ne renie pas son amour pour la multiplication des points de vue et plante sa caméra à deux endroits signifiants : sur les remparts, où les armées se perforent et les héros se révèlent, et à l’intérieur du donjon, où ceux qui ne portent pas l’épée combattent l’angoisse par le cynisme ou la prière.
7. Baelor (Saison 1 – Épisode 9)

Il s’en est passé des choses depuis le pilote. La future mère des dragons s’est faite aux coutumes dothraki, le bâtard de Winterfell a prononcé ses vœux pour intégrer la Garde de Nuit, la cour royale a montré ses crocs et le brave Ned Stark a eu le temps de lever le voile sur la mort mystérieuse de Jon Arryn – celle-là même qui justifiait son déplacement à la capitale. Mais il restait à Game of Thrones de mettre en application sa règle maîtresse, celle qui fit sa renommée plus encore que la densité de son univers moyenâgeux ou la qualité de sa production : survivre dans l’imaginaire de George R. R. Martin relève moins de l’exploit que de la loterie macabre. Baelor est donc l’épisode déterminant, pour ne pas dire crucial, qui sépare la tête du patriarche Stark du reste de son corps. Celui qui lance officiellement la compétition pour le trône, aussi. L’intrigue lourde ainsi son héros désigné, sa boussole morale dans un décor rongé par la duplicité, et ce sans sommation, sous les yeux d’une foule avide de sang. La tradition du neuvième épisode est née.
6. Le Lion et la Rose (Saison 4 – Épisode 2)

Dernier épisode scénarisé par George R. R. Martin lui-même avant qu’il ne retourne à l’écriture de ses bouquins, Le Lion et la Rose donne à voir le mariage de l’insupportable Joffrey Baratheon et ce qui en découle (forcément) d’humiliation publique. N’ayant plus à prouver sa tyrannie et encore moins son sadisme, le souverain de Westeros pousse ici son art de l’avilissement à son paroxysme, faisant de ses noces un spectacle infâme où les puissants rient, les faibles baissent les yeux et l’assemblée entière se fait complice par son silence. Savamment entretenue, la mécanique de moquerie se retourne contre son maître lorsque celui-ci meurt, empoisonné, dans les bras de sa mère. Le soulagement de voir disparaître l’un des despotes les plus honnis du récit n’est que de courte durée : les regards accusateurs se dirigent vers l’oncle du défunt, lequel venait d’endurer les moqueries répétées de son neveu. Un épisode directement connecté à celui des Pluies de Castamere, mariage qui lui s’était retourné contre des âmes bien plus nobles.
5. Durlieu (Saison 5 – Épisode 8)

Le souffle court, ayant échappé de justesse au massacre d’un camp de sauvageons par les marcheurs blancs, Jon Snow ne peut quitter des yeux le spectacle que lui sert leur chef, le Roi de la Nuit : d’un simple mouvement de bras, ce dernier fait se relever les dizaines de cadavres qui jonchent le sol, révélant l’étendue de ses pouvoirs et celle de la menace qui plane sur les vivants. Durlieu s’achève sur ce champ-contrechamp d’une pesanteur hors du commun et l’acquittement d’une dette contractée depuis le pilote. Cinq saisons que ces zombies de glace hantaient les franges de l’intrigue comme une rumeur que les puissants de Port-Réal refusaient d’entendre, cinq saisons que Game of Thrones ne donnait chair à ce danger que par touches furtives et visions cryptiques. Les voilà au premier plan, au cœur d’une mini-apocalypse que se charge de mettre en boîte Miguel Sapochnik avec des intentions affirmées : à mesure que le chaos gagne en proportion, l’image se brouille, le montage se fait plus tranchant, plantant les graines de la future Bataille des Bâtards et celles, encore plus sombres, de la Longue Nuit.
4. La Loi des hommes et des dieux (Saison 4 – Épisode 6)

Méprisé par son père pour être responsable, selon lui, de la mort de sa mère en couche, défiguré depuis la bataille de la Néra, désormais accusé du meurtre de son neveu le roi : le sort s’acharne sur les bonnes âmes de Westeros, et nul n’en paie le prix plus lourd que Tyrion Lannister. C’est justement tout l’objet de La Loi des hommes et des dieux, qui met en scène le procès du personnage. Si le jugement vise officiellement à déterminer si ce dernier est coupable de régicide, les dessous de cette cérémonie macabre se font rapidement connaître : en plus de comparaître sous le regard d’un public qui rêve de sang, celui que l’on surnomme « le Gnome » lutte ici contre la haine de sa propre famille, qui voit dans ce tribunal l’occasion de l’écarter définitivement. Peter Dinklage s’empare de tout le désarroi de son rôle pour livrer, entre les quatre murs de la salle du trône, ce qui est – et restera – la performance la plus intense de Game of Thrones.
3. La Bataille des Bâtards (Saison 6 – Épisode 9)

Pour les nobles – et, à ce stade du récit, peu nombreux – membres de la famille Stark, il s’agit de rendre justice à leur nom en récupérant leur fief après une cinquantaine d’épisodes de souffrance. Pour les showrunners David Benioff et D.B. Weiss, il s’agit d’offrir au petit écran les passages les plus sensationnels de son histoire. Diégétiques ou non, les ambitions qui motivent La Bataille des Bâtards sont outrancières et font un échantillon représentatif du statut révolutionnaire de la série, pas gênée d’abattre les frontières et notamment celle, aujourd’hui ridiculement indiscernable, séparant le cinéma de la télévision. L’exécution est digne du projet : Miguel Sapochnik fait de cet épisode une pure expérience sensorielle, filmée à hauteur d’homme, traduisant l’absurdité du conflit par un déferlement de violence inouï. Son budget pharaonique lui permet, entre autres, de composer des plans larges dantesques où la foule s’agglutine, pour mieux rendre compte de la confusion générale une fois les pieds dans la fange, mais aussi de chorégraphier des segments d’action à couper le souffle, tel un plan-séquence collant aux pompes de Jon Snow, au cœur de la bataille, échappant on ne sait comment à la mort. Les héros du Seigneur des anneaux n’y survivraient pas.
2. Les Pluies de Castamere (Saison 3 – Épisode 9)

Game of Thrones a sa manière d’arroser les mariages. Au champagne, au vin et aux accolades, la série préfère l’hémoglobine, les larmes et les taillades. Voilà donc une autre coutume inaugurée avec Les Pluies de Castamere, digne successeur de Baelor, qui fait d’un moment habituellement convivial le théâtre d’un massacre sans précédent. Les deux épisodes – les neuvièmes de leur saison respective – se distinguent néanmoins par leur préparation au choc : tandis que le second misait sur un enchaînement brutal de déclarations pour faucher l’herbe sous le pied de son spectateur, le premier la joue crescendo, laissant au public tout le (dé)plaisir de remarquer les indices d’un dérèglement grinçant s’accumuler au rythme d’une mélodie sinistre, celle de la chanson éponyme. Dans le fracas de ces noces pourpres, c’est la promesse d’un monde juste qui s’éteint en même temps que le gros de la famille Stark, laissant le reste de la meute aux mains d’un univers régi par la rancune et l’implacable logique de la vendetta.
1. Les Vents de l’hiver (Saison 6 – Épisode 10)

« Je choisis la violence ». Cersei Lannister prononçait ces mots quelques épisodes plus tôt, comme l’annonce d’une revanche sur les responsables de son emprisonnement récent – et d’une « marche de la honte » traumatisante – qui ne passerait plus par le dialogue. Les Vents de l’hiver et ses vingt minutes d’introduction en sont la pure application : tandis que ses opposants se réunissent dans le Grand Septuaire pour assister à son procès, Cersei observe le bâtiment exploser depuis la fenêtre de sa chambre, verre de vin à la main et sourire en coin. Si elle paye ce crime de masse par la perte de son dernier enfant (et accessoirement roi), elle y récupère sa liberté et les clés du royaume. La séquence, exceptionnelle pour son montage alterné, sa mise en scène raffinée et sa dimension musicale (la plus importante, et de loin), est suivie d’autres à peu près aussi mémorables : la révélation des origines de Jon Snow, le sacre de ce dernier en tant que Roi du Nord, la vengeance des Stark sur Walder Frey, la flotte de Daenerys Targaryen se dirigeant vers les côtes westerosiennes… Le final de la sixième saison est la plus grande machine à récompenses différées que la série ait produite. Et son plus grand chapitre, tout court.
