Twilight of the Gods, Zack Snyder chez les vikings [Critique]

Zack Snyder met la main sur la mythologie nordique et son imagerie épique avec Twilight of the Gods, série d’animation burnée qui relève toute la brutalité des légendes.
Lors du mariage de Leif et de Sigrid, une guerrière valeureuse, la famille de cette dernière est massacrée par le dieu Thor, à la recherche de Loki. Sigrid décide alors de se rendre sur la terre des Dieux pour se venger.
Justice League, Army of the Dead, Rebel Moon… Zack Snyder ne serait-il pas en train de tourner en rond ? Voilà près de dix ans que le metteur en scène ne cesse de raconter la réunion de personnalités surhumaines (ou pas loin de l’être), dotées d’incroyables compétences individuelles, et leur lutte pour contredire les forces les plus dangereuses de leur univers. Une variation des Sept Samouraïs de Kurosawa, l’un de ses films de chevet. Twilight of the Gods, sa première série pour Netflix, colle également à la description, mais surprise : Snyder transcende ici la structure du célèbre chanbara avec une histoire de vengeance viking sacrément burnée, dont la violence exacerbée, l’imagerie médiévale et le goût pour les prophéties ne sont pas sans rappeler un certain God of War. Sa différence avec les itérations précédentes, le programme la tire d’abord et surtout de son format animé, produit d’une collaboration aussi inattendue que fructueuse avec les français de chez Xilam, ceux-là même derrière le carton international de Oggy et les Cafards et le sublime J’ai perdu mon corps. C’est bien la première fois que le studio croque un récit d’une telle radicalité, aux bains de sang récurrents, aux scènes de nudité explicites, mais le style reconnaissable de la maison, fait de courbes nettes et de couleurs claires, n’aurait pu mieux convenir à cette représentation picturale d’une mythologie appelant sans cesse à des images suantes de symbolisme, et donc d’une extrême limpidité. Ses animateurs articulent le tout avec une narration dynamique identique à celle de leurs séries comiques, où les rebondissements les plus communs atteignent des proportions épiques.
Twilight of the Gods n’a ainsi aucun mal à rendre compte des exploits de ses héros vifs et bagarreurs, ni à rendre lisibles les angles les plus improbables de leur corps musculeux, turgescents, pour lesquels Zack Snyder voue un culte sans faille. La série d’animation n’échappe pas à ses obsessions de toujours : le réalisateur de Batman v Superman conjugue sa passion pour les performances physiques à ses méditations sur la condition divine et humaine. Cette fois moins dans le but d’interroger notre rapport aux icônes que de peindre les figures de la mythologie nordique comme tout aussi viciées que ceux qui les prient – ou les chassent, dans le cas présent. Ses versions de Thor et Loki (pour ne citer que les plus présentes à l’écran), fanfarons des productions hollywoodiennes, recouvrent là leur fourberie originelle, leur outrecuidance, mais aussi leur tronche de vilain, dans une fable qui égratigne chacun de ses participants et tend à une morale joliment nihiliste : les dieux ne sont que des hommes, et les hommes courent à leur propre perte. Et si ses thèses se révèlent plus digestes qu’à l’accoutumée, malgré la cadence élevée des épisodes, c’est que le scénario de Twilight of the Gods est rédigé à six mains – en comptant celles de Jay Oliva et Eric Carrasco, deux tauliers du cartoon à l’américaine ayant bossé eux aussi sur des adaptations de comics. Pour le père de Sucker Punch, la clé de la renaissance serait alors à chercher du côté collaboratif, en acceptant la délégation, lui qui comme ses personnages fut traité en divinité par son public pour le pire pendant de sa carrière.
