2010-2019 : les meilleurs films de super-héros de la décennie [TOP]

Que retenir de ces dix années (bien chargées) de super-héros au cinéma ?
Adaptation de comic books, lancement d’univers cinématographique partagé, délire zinzin, fresque épique, parfois tout cela à la fois : retour sur une décennie de capes et collants, en dix films.
10. Les Nouveaux Héros, de Don Hall et Chris Williams (2015)

Si le rachat de Marvel Entertainement par Disney eut pour principale conséquence la mise en branle officielle des films Avengers, cette acquisition déboucha également sur un rapprochement – pour le moment unique – entre les animateurs du studio à la souris et la Maison des Idées pour une adaptation inattendue : Les Nouveaux Héros, chapeauté par les scénaristes de Kuzco, l’empereur mégalo et Mulan, tiré d’un comic book méconnu, vit ainsi le jour en 2014. Moins propice au déballage de muscles que ses cousins en live-action, le film d’animation reprend la formule des productions Pixar en développant une histoire peu joviale (un adolescent tente de faire le deuil de son défunt frère) dans un décor sensationnel (une métropole futuriste où se télescope l’Orient et l’Occident). Le savant mélange des genres en fait une ode à l’amitié charmante autant qu’une aventure grand public savoureuse.
9. Man of Steel, de Zack Snyder (2013)

Rompu à l’exercice de l’adaptation de comics, Zack Snyder s’attaque au plus super-héros des super-héros et commence par lui imposer de trancher quant à son statut de messie : sauver ou ne pas sauver, telle est la question qui turlupine le fils de Krypton dans Man of Steel, alors catapulté sur une Terre réfléchissant, elle aussi, au danger qu’un extraterrestre surpuissant peut signifier. Plus que n’importe quelle autre incarnation de l’homme d’acier, la version de Snyder – campée par un Henry Cavill incontestablement taillé pour le rôle – médite son humanité avant de bander les muscles et de se bagarrer avec ses cousins aliens. Mais il ne faudrait pas non plus croire que le premier épisode de l’univers cinématographique DC oublie le spectacle : quand Man of Steel cogne, le blockbuster cite autant les productions de Roland Emmerich que Dragon Ball Z.
8. Les Gardiens de la Galaxie, de James Gunn (2014)

C’est peu dire que Les Gardiens de la Galaxie fit souffler un vent de fraîcheur au sein d’une licence qui commençait à se prendre trop au sérieux – en témoigne le second Captain America et son intrigue de thriller paranoïaque, sorti la même année : en tirant cette bande d’incompétents de l’anonymat et en organisant, autour d’eux, une escapade cosmico-délirante aux accents seventies, James Gunn conçoit non seulement le blockbuster le plus irrévérencieux de la franchise mais inaugure également une alternative aux Avengers,un peu trop occupés à la consolidation de « la saga de l’Infini ». Le film additionne des péripéties plus improbables les unes que les autres, bat au rythme de dialogues fendards et d’une bande originale exquise, arrache quelques larmes quand il regarde ses protagonistes mal assortis devenir famille. Un modèle de divertissement populaire.
7. X-Men : Days of Future Past, de Bryan Singer (2014)

Les lendemains ne tiennent qu’à ce que l’on répare d’hier. C’est le postulat – un brin poétique – de Days of Future Past, qui suit le voyage du griffu Wolverine à travers le temps pour empêcher l’extinction de ses congénères mutants par d’impitoyables robots du futur. C’est aussi l’ambition des scénaristes de la saga X-Men, qui profite de ce retour vers le passé pour effacer ses pires épisodes, redorer son blason et garantir son avenir au cinéma. Basé sur le comic book éponyme, le film prends les atours du thriller historique à la sauce seventies et procède à un croisement inédit, avant même que ces histoires de multivers et de « variants » ne polluent le genre : réunir à l’écran la jeune génération et la vieille, celle de First Class et celle de la trilogie originale. Il en ressort le meilleur épisode « de groupe ».
6. Avengers, de Joss Whedon (2012)

Avant de combattre Thanos ou de chatouiller le multivers, l’enjeu de l’univers cinématographique Marvel se voulait plus modeste : fédérer des personnages cultes de comics en un même espace cinématographique. C’est chose faite avec Avengers, réunion historique de super-héros après une poignée de standalones. À la barre de cette grosse machine censée fournir un cap à la dizaine de blockbusters qui suit, Joss Whedon ne déroge pas à ses origines télévisuelles en favorisant les personnages à l’action. Les plus grands justiciers de la Terre s’apprivoisent au cours de séquences mi-comiques mi-épiques, s’égratignent aussi, avant d’attendre l’objectif recherché : entrer dans la légende et ne plus décrocher du sommet du box-office international.
5. The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan (2012)

Généralement ramené à son manque de rigueur dramatique, d’autant plus visible qu’il se fait ressentir au sein d’une trilogie ayant misé sur une forme de cohérence réaliste, The Dark Knight Rises trahit en effet les vœux formulés par Christopher Nolan avec Batman Begins. Le fait est que, pour combler la disparition tragique de Heath Ledger dont les talents devaient à nouveau être mis à contribution, le réalisateur réoriente ce troisième opus dans le sens d’une conclusion spectaculaire, au symbolisme écrasant, sacrifiant la méticulosité des épisodes précédents pour offrir à la chauve-souris son statut de légende super-héroïque. Nolan se lance donc dans l’arène des blockbusters estivaux, cette fois en jouant vraiment le jeu : imagerie forte, amas d’effets spéciaux, bataille finale remplie de figurants… Le spectacle est total, imparfait, mais plus épique et émouvant que jamais.
4. Avengers : Infinity War, de Joe et Anthony Russo (2018)

À peine les Avengers avaient-ils savouré leur première victoire que Marvel Studios embrayait sur la suite en révélant le visage du grand méchant Thanos dans une scène post-générique. Une apparition qui n’aurait pu rester qu’un clin d’œil, le signe fugace d’un univers cinématographique en gestation ou bien une promesse en l’air, mais le studio s’y est tenu : six ans plus tard, Infinity War voit le titan faire son entrée par la grande porte – soit en dégommant les plus grands héros de la maison Marvel dans le chapitre le plus intense et sombre de la franchise. Le plus épique, également, les frères Russo coordonnant le désespoir grandissant des protagonistes avec des séquences d’action d’une générosité sans pareille : batailles façon Le Seigneur des anneaux et catapultages de lunes à l’autre bout de l’espace au programme, soit deux heures et demie de castagne et de larmes, d’envolées galvanisantes et de coups de massue. À date, et certainement pour un long moment encore, le plus grand film titré Avengers.
3. Spider-Man : New Generation, de Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman (2018)

Soixante ans de bandes dessinées, de dessins animés, de jeux vidéo, de figurines, de films, évidemment, sur lesquels les auteurs de Spider-Man : New Generation (Into the Spider-Verse en version originale) s’appuient pour orchestrer l’hommage ultime à l’homme-araignée. Mais le travail de Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman ne serait pas si ébouriffant s’il ne s’agissait, au fond, que d’assimiler un historique d’œuvres passées : New Generation est une proposition détonante qui, sur une base narrative universelle, tisse sa propre toile en avançant un protagoniste inédit au cinéma – Miles Morales, version alternative et colorée du tisseur – et une direction artistique neuve, par laquelle le long-métrage épouse la vélocité du héros. En combinant impression sur papier, animation japonaise, modélisation 3D, bulles de manga et autres inspirations esthétiques, le film compose un langage hybride en correspondance avec ce jeune Spider-Man, son monde fragmenté et l’héritage qu’il n’a d’autre choix que d’assumer.
2. Batman v Superman : L’Aube de la justice, de Zack Snyder (2016)

Lancés dans la course aux univers partagés, Warner Bros et Zack Snyder firent de Batman v Superman : L’Aube de la justice une étape décisive vers la future coalition des membres de la Justice League. Au cœur de cette énorme machine à l’ossature snyderienne – à savoir pondéreuse, référencée et gavée de ramifications –, le réalisateur établit un cheminement thématique ambitieux : faire du super-héros un personnage mythologique. L’opposition de l’homme d’acier et de la chauve-souris de Gotham est pour le cinéaste l’opportunité de réhabiliter les super-héros en tant que figures surhumaines, incorporées à un contexte moderne, politique et, selon ses propres mots, imparfait. Présenté en un gros bloc de trois heures (pour sa version longue, la vraie) à l’imagerie épique, assumant sa portée symbolique et philosophique, le blockbuster constitue une anomalie sur le terrain des adaptations de comics, un dernier espoir avant que tout ne se fonde et se ressemble.
Vous pouvez retrouver le dossier consacré au film ici.
1. Logan, de James Mangold (2017)

Avec son blouson de cuir et son cigare au bec, Wolverine ne pouvait finir que dans un western. C’est ce que s’est dit James Mangold en imaginant Logan, qui ramène le personnage dans son milieu naturel – une Amérique desséchée, réduite à sa violence – et officialise le divorce de Hugh Jackman avec le rôle. Pour la seconde fois, le metteur en scène feint les règles : le mutant griffu est ici brossé dans toute sa vulnérabilité, cheveux grisonnants et pouvoirs approximatifs, loin, très loin de ses exploits en équipe. Le titre l’exprime bien. Il ne reste que l’identité (pas) secrète du personnage, sa véritable nature et les lieux phares de sa mythologie pour abreuver cet ultime tour de piste à tendance naturaliste. Mangold s’empare de l’événement pour imbriquer de nouvelles réflexions au corpus. Ce voyage crépusculaire se nappe alors d’une belle mélancolie lorsqu’il cogite sur l’héritage du protagoniste et du genre dont il est le vestige.
