Stranger Things 3, la série tourne en rond [Critique]

Stranger Things revient avec une troisième saison qui sent l’amour de jeunesse et la redite, confirmant que la série Netflix fait du surplace.
Été 1985. Pensant être débarrassé du monde à l’envers et de ses sordides créatures, le groupe d’amis que forment Eleven, Lucas, Will, Mike, Dustin et Max profite des beaux jours, sans se méfier de la menace qui grandit, tapis dans l’ombre.
Deux ans se sont écoulés depuis la deuxième saison de Stranger Things, suffisamment pour que Netflix et les frères Duffer laissent planer l’idée que ce retard servirait la qualité du produit final. Le phénomène mondial qui avait surpris l’été 2016 avec sa première saison irréprochable semblait mériter qu’on lui accorde le temps nécessaire à son développement, loin de la cadence infernale qui épuise tant de séries contemporaines. Sauf que cette troisième salve, composée de huit épisodes qui étirent leur durée jusqu’à l’indécence, confirme ce que la deuxième laissait déjà craindre : Stranger Things tourne en rond, prisonnier d’une formule que le show refuse d’abandonner tout en se révélant incapable de la renouveler. Matt et Ross Duffer ont bâti leur empire sur un concept aussi ingénieux que limité – un groupe d’enfants confronté à des phénomènes surnaturels dans l’Indiana des années 1980, hommage vibrant au cinéma de Spielberg, Carpenter et aux romans de Stephen King. La première saison tenait du miracle d’équilibre, conjuguant nostalgie assumée, tension horrifique et attachement aux personnages avec une aisance déconcertante. La deuxième prolongeait cette réussite tout en révélant les limites de l’exercice : mêmes codes recyclés, mêmes péripéties rejouées, simple variation sur un thème dont on avait déjà fait le tour. Cette troisième saison enfonce le clou avec une brutalité décourageante. Le prétexte narratif – l’armée soviétique tente d’ouvrir une faille vers le Monde à l’envers depuis le sous-sol d’un centre commercial flambant neuf – frôle le ridicule, et les showrunners semblent conscients de cette faiblesse sans pour autant savoir comment la compenser. Les quatre premiers épisodes pataugent dans une mise en place laborieuse qui dilue le suspense au lieu de l’alimenter, multipliant les intrigues parallèles sans qu’aucune ne parvienne à captiver vraiment.
Cette mollesse trouve sa source dans une erreur d’appréciation des frères Duffer, qui ont cru bon de recentrer leur saison sur les tourments amoureux de leurs jeunes héros. L’été 1985 voit les adolescents d’Hawkins délaisser les plateaux de Donjons et Dragons pour se consacrer à leurs premières histoires sentimentales, Mike et Eleven formant un couple fusionnel que désapprouve Hopper, Dustin revenant de son camp de vacances avec une petite amie virtuelle dont personne ne croit à l’existence, Lucas et Max alternant ruptures et réconciliations. Ces dynamiques relationnelles envahissent la narration au point d’éclipser les phénomènes paranormaux qui constituaient pourtant le cœur battant de la série. Les scénaristes semblent persuadés que ce virage thématique enrichit leurs personnages en les faisant mûrir, alors qu’il ne fait que les enfermer dans des archétypes encore plus rigides : Mike devient l’amoureux transi, Will le nostalgique des jeux d’enfance, Joyce l’hystérique qui voit des conspirations partout. Cette unilatéralité s’aggrave du fait que le casting, considérablement élargi depuis la première saison, ne laisse aucun espace pour développer qui que ce soit. Les personnages se multiplient sans qu’aucun ne gagne en épaisseur, réduits à une fonction narrative et à un trait de caractère unique qui les définit du premier au dernier épisode. Stranger Things conserve néanmoins ses qualités formelles indéniables : la reconstitution des années 1980 demeure impeccable, les références cinématographiques foisonnent sans virer à la parodie creuse, et les interactions entre les protagonistes génèrent encore quelques moments de complicité touchante. Mais ces atouts ne suffisent plus à masquer l’essoufflement créatif patent d’une série qui s’est enfermée dans sa propre mythologie sans savoir comment en sortir.
