Marvel Cinematic Universe, Phase III : le classement des films ! [TOP]

Notre classement des onze films de la phase III : entre réunions au sommet, parenthèses plus légères et arrivée de nouvelles recrues.
Il était temps que la course aux pierres magiques s’achève. Ce cirque cosmique se sera étiré sur une vingtaine de super-productions où nos charmants héros se découvraient, s’unissaient ou s’écharpaient. Parfois simultanément. La troisième phase aura donc été la dernière de cette « saga de l’Infini », comptant certains des opus les plus galvanisants de la franchise… et d’autres que personne n’aurait songé voir un jour. Place au bilan.
11. Ant-Man et la Guêpe (2018)

Qu’il soit, à l’origine, un membre fondateur des Avengers est quelque peu déstabilisant quand on observe le périmètre réservé au personnage au cinéma. Le fait est que Ant-Man n’est pas de ceux qui ont pour vocation de chambouler le statu quo de la saga. Un peu comme si Kevin Feige avait tenté de corréler la place du héros avec ses super-pouvoirs, en les imaginant comme de petits chapitres en amenant d’autres, plus déterminants dans l’avancée de la grande intrigue. Il ne fallait donc pas compter sur Ant-Man et la Guêpe pour reconduire la gravité d’Infinity War, quand bien même les deux productions se succéderaient. Opus de transition assumé, destiné à amortir les secousses du précédent, donc, le film capitalise à nouveau sur la bonhommie de Paul Rudd et son concept de miniaturisation, qui lui permet d’infuser des séquences réjouissantes, tout en se heurtant à ses limites de divertissement passager.
10. Captain Marvel (2019)

Première super-héroïne à jouir d’un opus en solo, Captain Marvel annonçait d’emblée deux chamboulements. Le premier, évident, tendait à confirmer – et étendre – la quête de diversité entamée avec Black Panther en cédant la lumière des projecteurs à des protagonistes féminines non plus soumises à leurs confrères masculins. Le second, plus spectaculaire, concernait la hiérarchie de l’univers Marvel : en intronisant l’être le plus puissant jamais apparu dans la saga, cette dernière allait forcément devoir revoir ses plans. Le séisme attendu fut plutôt un ballottement. Certes, le blockbuster ne rompt pas ses engagements – une femme, plus forte que n’importe quel Avengers, porte l’intrigue –, mais ce dernier déroule néanmoins un scénario des plus convenus, bien peu disposé à la moindre révolution. Dans les pompes de Carole Danvers (le vrai nom de l’héroïne), Brie Larson convainc toutefois sans même lever un sourcil et se fond à merveille dans le décor nineties.
9. Spider-Man : Far From Home (2019)

Parce qu’il ne fallait surtout pas que le public pense que la machine Marvel allait cesser de fonctionner après que Thanos ait pris sa raclée, Far From Home fut envoyé en salles seulement trois mois après le conclusif Endgame. Pour se justifier d’une telle précipitation, le studio avança une excuse terriblement vicieuse : offrir aux spectateur un temps de deuil partagé avec leurs héros, une parenthèse pour digérer les pertes avant de repartir vers de nouveaux horizons. Et le film s’y tient un moment : le fantôme de Tony Stark plane sur le scénario, Peter Parker traînant sa culpabilité de survivant et ses angoisses liées à la succession comme autant de valises encombrantes lors de son voyage scolaire européen. Mais Jon Watts ne peut indéfiniment terrer sa passion pour les comédies de John Hughes et finit par y revenir, noyant ces questionnements sous les marivaudages adolescents, les courses-poursuites touristiques et les paysages de carte postale.
8. Black Panther (2018)

Pour Black Panther, la franchise quitte momentanément le sol américain pour le Wakanda, nation fictive où l’utopie panafricaine se mêle à une imagerie futuriste, matérialisation d’un continent africain souverain et technologiquement triomphant. L’ambition saute aux yeux : après des années à voir défiler des super-héros blancs dans les allées grises de New York, offrir son moment de gloire à un protagoniste noir, alors placé dans un décor inédit – le sien, après les parkings de Civil War. Ryan Coogler, auréolé du succès de Creed, se charge de mettre en scène ce dix-huitième épisode en insistant d’abord sur un renouvellement esthétique. Costumes, architecture, chants : l’ensemble des facteurs visuels du film mise sur un alliage remarquable entre tradition et ultra-modernité, nourrissant une direction artistique non seulement neuve au sein du catalogue Marvel, mais également investie d’une charge politique que le spectacle n’éclipse jamais. Il s’en trouve d’autant plus regrettable qu’elle soit au service d’un récit si éculé sur le plan dramaturgique. Car Black Panther ne fait qu’importer les péripéties du cultissime Hamlet sur un territoire plus chaud que le Danemark, ce que Le Roi Lion ambitionnait déjà vingt ans plus tôt.
7. Captain America : Civil War (2016)

Si comparer les récits cultes de l’univers Marvel et leurs pendants cinématographiques s’est immédiatement révélé être un exercice stérile, le cas Civil War est toutefois intéressant pour ce qu’il met en lumière du manque de clairvoyance de ses auteurs et de l’impuissance narrative qui en découle. Dans les pages de Mark Millar, la guerre civile des super-héros rabattait les cartes d’un écosystème entier en confrontant l’ensemble de ses habitants à un choix cornélien, menant à un déchirement martial et politique sans précédent. À l’écran, le même conflit passe pour une dispute sur un parking de super-marché : les frères Russo composent avec un répertoire de héros dont les liens, trop frais, empêchent la discorde d’être aussi déchirante qu’elle le devrait, laquelle ne fait que rendre encore plus visible la mésentente entre deux figures que tout opposait déjà en sourdine. Tony Stark contre Steve Rogers, le remords contre la loyauté, qu’un débat sécuritaire à peine creusé vient chatouiller le temps d’un film, et seulement.
6. Doctor Strange (2016)

Des soldats de la Seconde Guerre mondiale, des types en armure sophistiquée, des dieux, des aliens, et maintenant des magiciens : avec Doctor Strange, Marvel Studios entrouvre une porte mystique et inédite, greffant à son architecture de super-héros un arsenal de sortilèges, de plans dimensionnels et de géométries instables. En faisant de cette initiation ésotérique un passage capital de la grande intrigue « de l’Infini », la franchise poursuit sa stratégie d’expansion et en annonce une autre, menée avec moins de férocité : celle de l’expérimentation, qu’elle signale par une forme moins soumise aux automatismes industriels. Extrait du cinéma d’épouvante, Scott Derrickson produit là quelques images stimulantes, à base de visions kaléidoscopiques et figures paradoxales, pour une histoire d’apprentissage somme toute classique, aux vilains insipides et rebondissements prévisibles, mais portée par un Benedict Cumberbatch habile dans le rôle du (futur) Sorcier Suprême.
5. Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 (2017)

Avec Les Gardiens de la Galaxie, James Gunn signait une anomalie réjouissante dans le paysage Marvel : un space opera débraillé, porté par une bande de bras cassés, où l’humour potache côtoyait l’émotion sincère, et où la crasse intergalactique prenait le pas sur le patriotisme habituel des justiciers en collants. En toute logique, sa suite embrasse cette veine marginale, quitte à radicaliser le geste. Délesté des contraintes d’exposition, Gunn libère son goût pour le grotesque tendre et l’imagerie psychédélique, composant un second volet qui tient autant de la comédie familiale déglinguée que de l’odyssée stellaire sous acide. Les couleurs hurlent, les punchlines fusent, les personnages s’épaississent dans une chorégraphie sentimentale qui ne craint ni le ridicule, ni le pathos. Néanmoins, à force de se replier sur ses enjeux internes, le long-métrage fait peu de cas du grand échiquier marvelien – et c’est peut-être là son plus beau défaut. Ce deuxième opus, pur concentré d’iconoclasme pop, s’assume comme une récréation brute, un aparté libertaire dans un univers de plus en plus normalisé. Un divertissement foutraque et généreux, à l’image de ses héros : paumé, bruyant, mais foutrement attachant.
4. Avengers : Endgame (2019)

Il fallait bien que ça paye : après onze ans à raccrocher les blockbusters entre eux dans l’espoir de produire à l’écran un écosystème digne des comics, la saga Marvel met à contribution chacune de ses histoires, chacun de ses personnages, chacun de ses décors pour un grand final récompensant les spectateurs de leur assiduité. Avengers : Endgame n’aurait pu célébrer plus frontalement le chemin parcouru passé qu’avec ce voyage temporel vendu par les frères Russo, qui renvoie les Avengers sur le plateau des épisodes précédents, toujours à la recherche de ces maudites pierres d’infinité. Le film remet ainsi en scène les étapes décisives ayant mené jusqu’à lui, dans un geste auto-réfléxif occasionnant du bon (l’émotion suscitée par des retrouvailles impossibles), du moins bon (une ultime bataille sans couleurs ni âme) et du profondément mauvais (le saccage des meilleurs protagonistes du précédent film). Que ce quatrième volet se fasse la synthèse de la franchise – énorme aventure faisant mine de tenir bon, expédiant ses péripéties pour masquer son manque de cohérence – rendrait presque la chose touchante.
3. Spider-Man : Homecoming (2017)

Le projet de films connectés permettant aux plus grands héros de la maison Marvel de communiquer entre eux fit forcément se demander quand l’homme-araignée allait pouvoir rejoindre ses copains en capes et collants, et surtout comment. Quelques arrangements financiers et Captain America : Civil War plus tard, dans lequel il passait une tête, Spider-Man prend part officiellement à la saga avec Homecoming, aventure solo qui contourne la sempiternelle histoire de ses origines pour se recentrer sur la jeunesse même du héros, avec ses maladresses, ses emballements et cette oscillation typique entre grandeur héroïque et fragilité juvénile. Jon Watts ne va pas chercher très loin pour trouver l’inspiration : il récupère des comédies de John Hughes leur modestie et leur humour, leur spontanéité également, donnant au jeune Tom Holland la matière pour composer une version du tisseur authentique, crédible puisque concernée par des questionnements universels et néanmoins soumise au regard – presque méta – de ses aînés, Tony Stark notamment.
2. Thor : Ragnarok (2017)

Déconnant, les films Thor l’étaient bien un peu avant l’arrivée de Taika Waititi, mais pas nécessairement dans le sens souhaité par celui-ci. Si l’opus réalisé par Kenneth Branagh lorgnait Shakespeare et pouvait encore s’appuyer sur une direction artistique royale – avant que l’intrigue ne s’écrase dans le désert du Nouveau-Mexique –, sa suite fut nettement moins rigoureuse malgré le sérieux de mise. C’est dire si Ragnarok porte bien son titre : le metteur en scène néo-zélandais fait tout exploser, à commencer par la mythologie nordique, en catapultant le dieu blondinet dans une odyssée de science-fiction déjantée où se croisent des gladiateurs, des extraterrestres, un Hulk bougon et une sœur impitoyable, que le charisme de Cate Blanchett rend encore plus dangereuse. Mais il ne s’agit pas seulement de tourner au ridicule des figures autrefois nobles. Waititi s’arrange pour, derrière l’esthétique criarde, redonner du souffle à un personnage jusque-là peu incarné. La destruction avant la reconstruction.
1. Avengers : Infinity War (2018)

À peine les Avengers avaient-ils savouré leur première victoire que Marvel Studios embrayait sur la suite en révélant le visage du grand méchant Thanos dans une scène post-générique. Une apparition qui n’aurait pu rester qu’un clin d’œil, le signe fugace d’un univers cinématographique en gestation ou bien une promesse en l’air, mais le studio s’y est tenu : six ans plus tard, Infinity War voit le titan faire son entrée par la grande porte – soit en dégommant les plus grands héros de la maison Marvel dans le chapitre le plus intense et sombre de la franchise. Le plus épique, également, les frères Russo coordonnant le désespoir grandissant des protagonistes avec des séquences d’action d’une générosité sans pareille : batailles façon Le Seigneur des anneaux et catapultages de lunes à l’autre bout de l’espace au programme, soit deux heures et demie de castagne et de larmes, d’envolées galvanisantes et de coups de massue. À date, et certainement pour un long moment encore, le plus grand film titré Avengers.
