Kaamelott : Deuxième Volet [Partie 1], le Graal attendra [Critique]

Alexandre Astier remet le couvert avec un deuxième volet de Kaamelott qui s’assume (enfin) comme un film d’aventure, mais traîne aussi sévèrement des pieds.
Les Dieux sont en colère contre Arthur. Son refus obstiné de tuer Lancelot précipite le Royaume de Logres à sa perte. Il réunit ses Chevaliers, novices téméraires et vétérans désabusés, autour de la Nouvelle Table Ronde et les envoie prouver leur valeur aux quatre coins du Monde.
La foi n’a jamais été une affaire de premier plan dans Kaamelott. Si ces branquignols de chevaliers courent après le Graal, ce n’est certainement pas par conscience religieuse, ni même par goût pour l’épopée épique, mais parce que leur roi les bassine avec le sujet à chaque réunion. De la foi, pourtant, Alexandre Astier n’a jamais autant demandé à son public d’en avoir qu’à l’heure de Kaamelott : Deuxième volet, partie 1, étape peut-être la plus décisive de sa saga. Seize ans après la fin de la série télévisée et quatre ans après un premier format long semblable à une bande-annonce géante – autant pour sa présentation des intrigues de demain que pour son montage hachuré –, l’auteur revient à son royaume, prêt à en faire grandir la légende avec un opus qui s’assume enfin en tant que film d’aventure. Une ambition qu’il ne partage pas avec son personnage anciennement couronné, toujours englué dans la même inertie monarchique, à supplier qu’on le laisse en dehors de tout plan de gouvernance. Retour à la stagnation de la cinquième saison, à ce climat glacé qui fluctue selon les séquences : si certains segments se laissent facilement imbiber de cocasserie, la grande majorité d’entre eux cultive – ou s’y essayent – une gravité qui n’a pas fait que les belles heures de la série. Ce fut toujours la grande question posée par Kaamelott, ou plutôt par son créateur au fil des livres : jusqu’où ces bouffons de Logres peuvent-ils prétendre au tragique sans perdre la face ? Manifestement, cela dépend des personnages et de leurs comédiens, selon cette suite divisée en autant de sous-intrigues qu’elle compte de visages et qui accuse, comme le Premier volet, une structure narrative épouvantable. Le postulat de l’opus y est pour beaucoup : afin d’être admis à la nouvelle Table ronde, les prétendants doivent se démarquer par une quête héroïque personnelle. Le script se divise alors en une multitude de micro-scénarios qui ne trouveront ici de finalité, puisqu’il ne s’agit que d’une moitié de film.
Il serait toutefois exagéré de dire que rien ne bouge dans ce Deuxième volet. Certes, Astier refait son grand numéro de souverain bougon pendant un moment, bien conscient que spectateurs comme personnages ne rêvent que de le voir dégainer Excalibur et défaire son ennemi une bonne fois pour toutes – à croire que le bonhomme aime se faire désirer. Mais lorsque le long-métrage se décide à passer la seconde, soit à peu près en même temps que son protagoniste, celui-ci souffle un vent de fantasy revigorant : d’une part, Kaamelott se livre à des scènes d’action à effets spéciaux qui ancre définitivement le récit dans le genre fantastique, puisque ses signes se font cette fois visibles pour le public ; d’autre part, le film en respecte l’un des fondements majeurs en invitant son audience au voyage, avec son tournage aux quatre coins du globe, ses cadres larges sur des contrées nouvelles, sa musique orchestrale et entraînante. Plus solide que son prédécesseur sur le plan technique, ce deuxième volet se distingue également par la façon dont il apprivoise sa nostalgie, ce virus qui contamine désormais les grandes licences, hexagonales comprises. Astier évite ici les reconstitutions vaines du Premier volet, lequel se mettait en pause pour raviver l’ambiance des saisons inaugurales, et prône la manière douce : une revisite des décors les plus communs, des chambres aux pièces à manger, là où la série faisait des miracles à partir de trois fois rien. Et puis, concernant la fameuse conversion de la farce à la fable et le choix de qui cette dernière engage réellement, le réalisateur-acteur-scénariste-compositeur-monteur-producteur amorce un début de réponse. L’aventure, les exploits, c’est pour la nouvelle génération. L’ancienne, elle, a pris trop de rides au cours de la longue gestation de cette trilogie terminale dont Astier parle depuis vingt ans maintenant. Il faudra donc se satisfaire de leur semi-réussite, partagée avec des inconnus. Un aveu d’échec touchant, mais décevant, malgré tout.
