Dan Da Dan (Saison 2), hormones et tentacules [Critique]

La deuxième saison de Dan Da Dan confirme la bonne tenue de son programme anarchique : un carnaval grotesque, où l’action et l’humour se heurtent à la fragilité du quotidien adolescent.
Momo et Okarun décident d’aider Jiji à se débarrasser d’un esprit maléfique qui hante sa maison. Cependant, ils vont vite découvrir que cette mission ne se résume pas à un simple exorcisme.
Par l’originalité de son trait et son appétence pour les histoires qui déraillent, Science SARU s’est assurée une place à part dans le champ de l’animation japonaise : celle d’un studio qui pense l’image comme une substance en fusion, prête à se diffracter pour mieux révéler ce qu’elle contient. En d’autres termes, la maison fondée par Masaaki Yuasa et Eunyoung Choi – et depuis rachetée par la géante Tōhō – n’est pas du genre à se reposer sur ses lauriers et expérimente, à travers films originaux et transpositions de mangas cultes, les limites de ce que peut accueillir l’animation télévisée. L’excellent Devilman Crybaby avait notamment posé les bases de ce programme esthétique, fresque aussi pop que morbide, mélange d’érotisme et de violence débridée qui convertissait ce chaos qu’est l’adolescence en feu d’artifice visuel. Une description qui pourrait également convenir à Dan Da Dan, autre adaptation toute aussi déchaînée et propice aux débordements, bien partie pour être la nouvelle vitrine du studio. Avec ses ovnis grimaçants, ses fantômes lubriques, ses romances maladroites et ses pulsions comiques, sa première saison révélait la pertinence d’avoir confié le manga de Yukinobu Tatsu à ces artisans-ci, tant son univers bigarré appelait une animation élastique. La deuxième, en plus de confirmer cette orientation, en teste la tenue sur douze épisodes supplémentaires. Et ce, sans échauffement, puisque cette dernière s’ouvre précisément là où la précédente s’était close. Retour immédiat dans un décor de province, village à la fois familier et inquiétant, avec sa maison rongée par ses secrets, ses habitants étranges, ses habituelles menaces tapies dans l’ombre. La saison lance aussitôt une séquence d’action qui ne frappe pas seulement par son ampleur mais par la façon dont elle cristallise tout l’esprit anarchique de la série : les couloirs se distordent, un ver gigantesque déchire le plancher, les couleurs explosent en gerbes violentes et la réalisation embrasse cette tempête avec une précision troublante.
Outre ce démarrage en trombe, Dan Da Dan prend soin de déplacer son énergie ailleurs, vers ces instants de flottement où l’action se fait mineure, presque anecdotique, et où se rejoue pourtant une autre part de l’expérience. La série passe alors d’un chaos spectaculaire à des repas collectifs aux airs de danses imparfaites, d’un exorcisme improvisé à des chamailleries adolescentes qui n’ont l’air de rien, mais installent un climat singulier. Ce sont là des respirations qui donnent son grain à cette seconde saison, le surnaturel trouvant son sens dans le contrepoint des gestes les plus ordinaires. La mise en scène s’affine lors de ces moments d’apparente suspension, traçant dans les interstices du quotidien une tendresse inattendue, tout en tirant le moindre détail vers un registre comique ou mélancolique, parfois les deux. Pour mieux revenir à son premier sujet, finalement : l’adolescence, ce sont aussi – et surtout – ces moments anodins, drôles par maladresse, touchants par accident, distillées dans un ensemble plus intense. Tout le reste se construit à partir de là, comme si l’excès graphique, la convulsion des formes, ne faisaient que prolonger ces fragilités. Quand un épisode se transforme en galerie de portraits vengeurs, quand un autre explose en visions pastel avant de s’engloutir dans le noir et blanc, quand un kaijū se dresse à l’horizon, il ne s’agit pas seulement d’épater, mais de s’accorder à l’instabilité d’un âge qui ne connaît que la secousse. Toujours plus nombreuse et hétéroclite, la galerie de personnages se fait le relai de cette turbulence généralisée : l’un promeut la compassion, même face au monstrueux ; l’autre, prisonnier d’un désir gauche qui déclenche le rire ; et au centre, une héroïne qui ne s’impose jamais par la force mais par l’attention qu’elle porte aux autres, boussole affective autour de laquelle le groupe tient debout. Alors, certes, cette deuxième saison a ses répétitions, ses obsessions martelées, mais elle affirme surtout que le miracle de la première saison ne s’est pas éteint, et que la deuxième en fait une langue à part entière.
