Captain America : Brave New World, même pas cap [Critique]

Moins solide que The Winter Soldier dont il reprend les caractéristiques, Brave New World se donne du mal pour crédibiliser le nouveau Captain America.
Peu après avoir fait la connaissance du nouveau président des Etats-Unis, Sam Wilson se retrouve plongé au cœur d’un gigantesque incident international. Il se retrouve contraint de découvrir la raison de cet infâme complot.
« Vous n’êtes pas Steve Rogers ». La phrase est encore plus piquante quand elle sort de la bouche d’Harrison Ford, énième légende hollywoodienne à se prêter au jeu des franchises de super-héros – ici en remplacement de feu William Hurt. Le nouveau porteur du bouclier étoilé, Sam Wilson, ne la contredit pas : il se faisait lui-même la remarque au cours de la mini-série Falcon et le Soldat de l’Hiver, laquelle insistait justement sur l’héritage du « Cap » et les questions de légitimité qui vont de pair. Manifestement, les réflexions autour de la reprise de flambeau le hantent encore au point d’en faire un point notable de ce nouvel épisode de Captain America, où notre héros, en compagnie de quelques figurants recrutés suite à son passage sur Disney+, enquête sur un complot visant le président des États-Unis fraîchement élu. Celui-là même campé par Ford, Thaddeus Ross, ex-chasseur de Hulk aujourd’hui investi dans des négociations internationales liées à l’exploitation du cadavre de Céleste laissé en plan à la fin des Éternels. Le parallèle avec une certaine actualité – les récentes élections outre-atlantique, un dirigeant qui vire au rouge et traîne ses casseroles, une technologie qui asservit les populations – n’est guère plus poussé, production Marvel oblige, mais le blockbuster garde un orteil dans la mare géopolitique et saupoudre ces quelques tacles à l’ingérence états-unienne de commentaires sociétaux déjà dégainés lors de l’officialisation d’un Captain America afro-américain. Une répétition qui ajoute au sentiment de recyclage global qui borde le long-métrage : outre son intérêt pour les fêlures de l’Amérique moderne, c’est toute la formule du deuxième opus de Captain America que pompe cette troisième suite – et trente-cinquième chapitre de l’univers Marvel au cinéma.
Brave New World – qui n’a donc pas grand-chose de « nouveau » à proposer – emprunte lui aussi la voie du thriller d’espionnage réaliste (autant que faire se peut dans un monde qui compte un arbre qui parle et un homme-fourmi) en réalignant méticuleusement les éléments distinctifs de Winter Soldier : un complot à grande échelle, un programme de manipulation mentale, la présence d’un acolyte aux grandes ailes et d’une Black Widow de substitution, le sauvetage d’un collègue, un ennemi infiltré au sein du pouvoir, etc. Et s’il s’entend que Julius Onah, à la barre, ait voulu relier les tribulations de l’ancien chef des Avengers à celles du nouveau par volonté de continuité, le film se risque malgré tout à une comparaison qui lui est (largement) défavorable. Captain America 4 n’a ni la violence sèche, ni le thème musical trépidant, ni la mise en scène implacable de son aîné (la sienne est désincarnée au possible) et souffre, en prime, de n’être qu’un épisode de transition, là pour raccorder entre eux les mal-aimés de la saga (dont L’Incroyable Hulk) et convaincre le public que le sympathique Anthony Mackie a les épaules pour mener – et plus encore rassembler – ses super-copains dans les prochains Avengers : Doomsday et Secret Wars. Le long-métrage arrange pour cela trois grosses scènes d’action bourrées d’effets spéciaux et n’hésite pas à se mettre en pause pour autant de monologues déclamés les sourcils froncés, ce qui n’empêche malheureusement pas le personnage-titre de se faire éclipser. La faute au charisme intact d’un Harrison Ford aux cheveux gris, à qui l’on autorise d’être ouvertement grincheux. Elle est là, la grande attraction de Brave New World : dans la prestation de cette icône du cinéma de divertissement qui paraît, davantage que d’autres qui l’ont précédé, croire encore en lui.
