Venom : The Last Dance, la valse des crétins [Critique]

À peine plus supportable que le volet précédent, Venom : The Last Dance fait son possible pour faire pleurer dans les chaumières, quitte à copier son voisin.
Eddie et Venom sont en cavale. Alors que l’étau se resserre, le duo doit prendre une décision dévastatrice qui annonce la conclusion de leurs aventures.
Rares sont les franchises à recenser avec autant de clarté ce qui déraille à Hollywood. Carton de l’automne 2018, le premier Venom relançait la mode des adaptations de comics à la sauce nanar – à l’instar de celles qui pullulaient au début des années 2000 – en poursuivant un but déconcertant : officialiser une saga dédiée aux vilains de Spider-Man où celui-ci n’apparaîtrait jamais. Le résultat, sorte de buddy movie tout sauf méchant et monté à la truelle, était à la hauteur du postulat. Quelques Venom 2, Morbius et autres grosses foirades plus tard, cette sombre affaire continue de faire des ravages avec un volet conclusif dans lequel notre duo de héros (Eddie Brock, le journaliste aux épaules larges, et Venom, le parasite extraterrestre qui loge dans son corps), en cavale, est pourchassé par les autorités mais également d’affreuses créatures venues d’une autre dimension, multivers-mania oblige. Le long-métrage justifie donc aisément son changement d’environnement, laissant à ses prédécesseurs l’urbanisme de San Francisco pour longer les routes sableuses d’une Amérique plus profonde, plus rêche, où les deux lurons risquent moins de se faire attraper. Et si cette nouvelle orientation pseudo-westernienne rappelle le récent Logan, c’est que Venom : The Last Dance clame ouvertement s’en inspirer : soutenant tout du long la charge d’adieux inévitables, le blockbuster cible une forme d’épure sur le plan scénaristique et esthétique pour que ses protagonistes soient les seuls à capter la lumière et que l’émotion (cet épisode se voulant assurément larmoyant) puisse jaillir sans être entravée par les artifices usuels du spectacle super-héroïque. Plus inattendu encore, Venom 3 rejoint son modèle sur la captation d’une nation bicéphale, où coexistent hippies végans et millionnaires en smoking, en recourant lui aussi aux spots de Las Vegas. C’eut été un point à saluer si cette prise en maturité s’appliquait à l’entièreté du chapitre et, mieux, découlait d’une démarche sincère et non d’un duplicata sans âme.
Puisque The Last Dance ne cherche, au fond, qu’à se donner un genre. Et même si l’effort la rend toujours plus supportable que le précédent Let There Be Carnage, cette seconde suite se révèle aussi inconséquente, diablement moche et profane à l’égard des bandes-dessinées qu’elle transpose, en récusant leur noirceur (l’introduction alienesque promettait pourtant un renversement vers l’horreur) et en achevant la démystification du plus célèbre des symbiotes, rendu mascotte bouffonne d’un énième univers cinématographique. Entre deux arrachages de tête tournée à la blague, le monstre gluant persiste à commenter tout ce qui se passe à l’écran sur le ton de la dérision pendant que son hôte se tortille de gêne. Un sketch déjà (trop) pénible dans les opus passés, que ce Venom 3 pousse à son paroxysme avec une scène de danse improvisée, des jets d’urine, de multiples transformations animales (cheval, grenouille, poisson : tout y passe) et des situations de malaise intenses, sacrifiant le peu de dramaturgie qui l’habitait. Par chance, Kelly Marcel (scénariste de Cinquante Nuances de Grey, ici à la réalisation de son premier long-métrage) encapsule cette dernière virée en moins de deux heures, chose malheureusement rare pour un blockbuster de ce calibre, et s’abstient de verser dans la comédie romantique comme ont pu le faire ses confrères Ruben Fleischer et Andy Serkis. Marcel se montre en revanche moins compétente lorsqu’il s’agit de réfléchir sa mise en scène (c’est dire) et de diriger ses comédiens : si Juno Temple, comédienne discrète, fait ce qu’elle peut en remplaçante de Michelle Williams (rôles différents, même fonction émotionnelle dans l’histoire), le numéro de Tom Hardy laisse lui toujours circonspect, tant l’acteur fantastique de Mad Max : Fury Road et Bronson se confond en pitrerie. Lui-même ne semble plus s’amuser à monologuer en gigotant dans tous les sens, sans doute le signe qu’il était peut-être grand temps de mettre un terme à cette mascarade… avant que Kraven le Chasseur ne prenne le relai.
