Le Robot Sauvage, cœur de métal [Critique]

Dreamworks se bat pour récupérer son statut de pionnier de l’animation avec Le Robot Sauvage, sa nouvelle fable écolo. Une belle et douce réussite.
Naufragée sur une île déserte, Roz, un robot, se rend compte qu’elle va devoir s’adapter à cet environnement hostile et sauvage pour survivre.
Le risque avec ces histoires de robots largués dans la nature, c’est d’emprunter des sentiers si battus qu’ils s’apparentent à des autoroutes. Choc entre biodiversité et technologie de pointe, voyage initiatique en milieu hostile, apprentissage du « vrai monde », humanisation progressive, épiphanie sur le sens de la vie : les œuvres du genre sont généralement programmées sur la base d’un modèle narratif que le grand public connaît déjà sur le bout des doigts. Pas vraiment l’idéal pour incarner la renaissance artistique d’un studio, et pourtant Dreamworks projette d’en faire son nouveau fer de lance (entre deux spin-offs de Shrek) en adaptant la série de romans jeunesse Le Robot Sauvage. Et on ne peut le nier, cette nouvelle mouture reprend bel et bien la trame habituelle de la fable de science-fiction écolo. En tout cas, dans les grandes lignes. Entre elles, et c’est là que son intelligence s’observe, le long-métrage fait éclore ce qu’il faut de séquences magiques et ambitieuses pour faire oublier ses redondances, rappelant qu’aux manettes se tient le co-réalisateur de Dragons – une merveille sortie de la même usine d’animation et qui, elle aussi, se référait à une incompatibilité entre civilisation et créatures sauvages. Chris Sanders réitère la plupart des prouesses de ce précédent film : la mise en place ludique d’une galerie de personnages attachants, l’imbrication fluide d’enjeux de différentes envergures, la représentation sans paillettes de la marginalité et de la cohabitation, les transitions subtiles entre les pôles émotionnels du récit et, peut-être sa plus importante qualité, l’expression d’un environnement naturellement cruel – et qu’il est capital de préserver tel quel.
Pour Roz, le robot naufragé, la leçon est rude. Programmée pour assister ses utilisateurs, la machine se heurte aux limites de son code informatique – et, de facto, de sa propre raison d’exister – lorsque la faune locale lui fait comprendre qu’elle se débrouille très bien toute seule. Le film a la justesse de ne pas trahir ce premier constat, alors même qu’il illustre les aspects les plus âpres du règne animal. Le processus de chaîne alimentaire peut effectivement engendrer des visions terribles (notamment lorsque notre héroïne de métal prend la charge d’un oison orphelin), mais le scénario ne s’égare pas à vouloir le réparer et se borne à un parallèle congru de programmation – les animaux obéissant eux aussi, avec un peu de recul, à un immense système. En ce sens, Le Robot Sauvage s’inscrit dans le sillon du cinéma d’Hayao Miyazaki, à l’évidence pour son sous-texte environnemental et les batailles idéologiques qui l’accompagnent (le design de Roz est d’ailleurs inspiré de celui des robots du Château dans le ciel), mais surtout pour son engagement à ne pas trahir les lois qui régissent le décor naturel, foisonnant, imprévisible, et qui n’a nul besoin de réajustement morale, éthique ou esthétique pour que sa poésie jaillisse. Dreamworks est cependant loin, très loin de négliger la forme graphique de son nouveau bébé. Depuis Les Bad Guys, le studio réaffirme haut et fort son intention de recouvrer son statut de pionnier de l’animation, ambition (re)précisée dernièrement avec la suite du Chat Potté et que Le Robot Sauvage matérialise à son tour. Son style pictural, à rapprocher des toiles impressionnistes, lui garantit d’être aussi émerveillant pour son spectateur que la parentalité l’est pour sa protagoniste.
