Rick et Morty (Saison 7), la fin des débuts [Critique]

Le grand-père le plus timbré du petit écran revient moquer la culture américaine et le multivers dans une septième saison qui sent (un peu) le réchauffé.
En parallèle de ses aventures déjantées en compagnie de son petit-fils Morty, le scientifique Rick Sanchez court après le responsable de ses malheurs, un autre Rick.
Maintenant que tout le monde s’engoue pour le multivers, la série animée Rick et Morty perd quelque peu de son exclusivité. Non pas que le programme créé par Justin Roiland et Dan Harmon (lequel opère désormais en solo) ait déjà eu le monopole des réalités alternatives et des doubles-personnages, mais il faut bien reconnaître que les œuvres de pop-culture à s’être autant acharné sur la question des dimensions parallèles sont extrêmement rares. Rick et Morty en a fait sa marque de fabrique : les scénaristes ont beau avoir tissé une passionnante trame de fond, leurs exploits se remarquent plutôt dans leur gestion délirante du concept multiversel, dans le flux ininterrompu de péripéties intersidérales et joyeusement dégoulinantes, déroulées d’un bout à l’autre de la réalité. La série avait fait mine de remanier ses méthodes de divertissement, récemment, en réduisant le périmètre de jeu et les déplacements spatiaux, mais elle n’avait pu tenir ses résolutions bien longtemps. Et sa dernière saison en date le prouve encore : le spectacle est non seulement dépendant de ces allers-retours cosmiques mais apparaît à nouveau comme celui qui les met le mieux à profit. Ainsi, le grand-père le plus timbré du petit écran et son petit-fils poursuivent leurs sévices pour la septième fois, torpillent la culture moderne en parodiant ses classiques et leurs fanatiques, dézinguent les institutions terriennes en les exportant sur d’autres planètes ou en humiliant ses dirigeants, discutent philosophie et moralité pendant une tournée des bars. En bref, le show brandit ses qualités avec toujours autant de puissance comique, d’insolence et d’actualité, enrobé d’images somptueusement dégueulasses de science-fiction où se mêlent toutes sortes de fluides et de chimères. Néanmoins, et pour la première fois, Rick et Morty faillit : en dépit de sa répartie et de ses caméos prestigieux, la série d’animation a l’air d’avoir fait le tour de son exposé.
Paradoxalement, si les auteurs s’assurent d’opposer leurs personnages à de nouveaux contextes, leurs plumes obéissent à une équation aujourd’hui routinière. À chaque saison, son épisode-compilation sous forme de zapping, son apparition glaçante du Morty diabolique, son pastiche de Star Wars, sa transformation physique débilement drôle, etc. Quant au fil rouge qui filait un passé tragique à Rick Sanchez et expliquait sa dépression – et tout le cirque sur lequel repose ses aventures familiales –, les scénaristes le tranchent au terme d’un chapitre explosif réunissant les grands méchants de la série, avant que celle-ci ne reprenne comme si de rien n’était. Les ruptures sont souvent cruelles dans Rick et Morty. C’est là que les membres de la famille Smith y sont le plus vulnérables, entre deux bombardements, lorsqu’on ne les regarde plus. Malheureusement, elles n’ont jamais été aussi inconséquentes qu’ici, dans cette septième saison, malgré plusieurs tours de force dramatique. Parmi eux, cet extraordinaire épisode qu’est Soleil Ve-Rick qui, d’une dégustation anodine de spaghettis, divulgue le jusqu’au-boutisme horrifiant du système capitaliste et brode un drame humain larmoyant en quelques secondes. La preuve édifiante (et bouleversante) que le show de Dan Harmon n’a pas totalement perdu la main en matière de tragédie humaniste. Enfin, dans ses moments de faiblesse, Rick et Morty peut au moins se réconforter avec ses protagonistes. Névrosés, déprimés, épuisés par leurs difficultés modestes auxquelles s’ajoutent dilemmes stellaires et responsabilités divines, les aventuriers ordinaires de la série nourrissent toujours le portrait touchant de la cellule familiale moyenne, et américaine dans le cas présent. L’intrigue détourne leurs appréhensions somme toute communes en leitmotiv humoristique, les incorpore à une odyssée plus grande qu’eux, relativisant le sens de l’existence et d’à peu près tout ce qui la compose. Sur cette voie, le programme a fait des prouesses et continue d’en produire. Assez pour garder la tête haute.
