Greenland – Le dernier refuge, catastrophe évitée [Critique]

Avec sa pluie de météorites apocalyptiques et son Gerard Butler convaincant, Greenland ramène un peu de grand spectacle au cinéma et le fait plutôt bien.
Une pluie de comètes menace la Terre. Face au choc imminent, la famille Garrity tente de se frayer un chemin en direction du seul refuge en mesure de résister à l’apocalypse qui s’annonce.
Les récents choix de carrière de Gerard Butler font que Greendland – Le dernier refuge se traîne depuis son annonce une réputation peu flatteuse, l’acteur ayant déjà donné dans le film catastroph(iqu)e décérébré et se préparant ici à affronter une météorite menaçant l’entièreté de l’espèce humaine. La présence d’un ex-cascadeur derrière la caméra, Ric Roman Waugh, à qui Butler doit sa dernière escapade musclée, n’est pas sans conforter ce vilain a priori. Alors, quelle surprise que de constater que le blockbuster s’éloigne des suppositions. Greenland frappe, pourtant, mais bien plus subtilement que prévu en posant la question suivante : et si l’humanité prenait conscience de son extinction ? Le réalisateur la pose ouvertement et bâtit ses péripéties sur cette prémisse. L’idée consiste donc moins à résoudre l’intrigue par un coup de poing bien placé qu’à regarder les convulsions de l’homme en temps de crise, à en exposer toutes les facettes par le prisme d’un désordre généralisé. Par là, Waugh met en boite les faciès d’une Amérique en panique, capable de dissimuler ses crocs acérés derrière un sourire bienveillant : « l’homme est un loup pour l’homme », dit l’adage, et le long-métrage en respecte la moindre lettre, maintenant un climat de terreur permanent pour que son spectateur, à l’instar de la famille Garrity, ne relâche jamais son attention. La pluie de comète en deviendrait presque sympathique, à côté. Il serait néanmoins grotesque de résumer Greenland à sa représentation noire de l’être humain, et davantage de l’associer à une forme naïve de manichéisme. Le long-métrage s’amuse à nuancer son discours, à muer l’ange en démon (ou inversement) pour mieux berner, amenant son lot de rebondissements parfois terrifiants. Une ambiguïté morale, constamment entretenue, qui constitue le véritable moteur du récit, bien plus que le compte à rebours cosmique qui lui sert de prétexte.
L’intention se profile dès le préambule : avant le cataclysme, la famille que composent les personnages principaux est déjà sujette à des secousses, perturbée par des problèmes banals (une histoire d’adultère, notamment) que la fin du monde ne fera que mettre en exergue. Budget restreint oblige, Waugh opte pour une réalisation sobre et immersive : caméra positionnée à hauteur d’homme, plans de foule limités, money shots contournés. L’image se braque sur les visages, saisit l’émotion, se noie – à l’instar de ses protagonistes – dans le chaos ambiant. Le procédé rappelle, par éclats, La Guerre des mondes de Steven Spielberg, qui insérait entre deux plans larges dévastateurs des capsules dédiées au drame intime vécu par les héros. Waugh n’accède jamais à la grandeur de son modèle, certes, mais il partage son intuition : ce qui terrifie le plus, ce n’est pas le météore, mais le voisin. Cette épure entraîne toutefois une certaine apathie lors des rares séquences d’action, plombées par un découpage maladroit et des saccades qui rendent le spectacle incompréhensible. Le réalisateur a également la bonne idée de ne pas (trop) céder aux effets numériques, lesquels sont rarement convaincants – et certainement pas autant que les comédiens. Car c’est là l’autre belle surprise de ce Greenland : sorti de son rôle de surhomme providentiel, Gerard Butler livre ici une performance autrement plus appréciable que les précédentes, constat aussi valable pour sa partenaire Morena Baccarin, qui tient sans doute l’un de ses personnages les plus complets. La conclusion et son ellipse expéditive ternissent malheureusement ce tableau haletant, contredisant cette idée reçue mais tenace qu’on ne peut produire du grand spectacle avec des moyens modestes. Le tout, c’est de savoir où poser sa caméra, ce que manifestement Ric Roman Waugh a appris en bossant, à l’époque, pour John Carpenter, Richard Donner ou encore John McTiernan.
