Game of Thrones : les saisons, de la pire à la meilleure [TOP]

Huit saisons. Un classement.
Huit. George R. R. Martin en rêvait davantage. Sans doute les spectateurs aussi. Les showrunners ont pourtant décidé de s’arrêter sur un chiffre, et non un nombre, malgré la montagne d’intrigues qu’il restait à résoudre et la densité de cet univers médiéval et impitoyable tiré des romans Le Trône de fer. Game of Thrones sera donc – pour l’éternité, il semblerait – l’affaire de huit saisons. Huit saisons d’assassinats imprévisibles, de complots politiques, de règlements de compte à l’épée, de dragons cracheurs de feu. Huit saisons d’hystérie générale, de passion et de déception. Huit saisons qu’il reste à classer pour y voir plus clair.
8. La saison 5 (2015)

Un saut dans le vide, au propre comme au figuré. Avec la cinquième saison, David Benioff et D.B. Weiss se retrouvent à cuisiner leur première fournée d’épisodes sans les recettes de George R. R. Martin, l’action de la série dépassant celle des bouquins, et jouent la prudence. Les scénaristes s’accrochent de toute leur force aux quelques lignes qu’il leur reste à porter à l’écran, évidemment trop courtes pour alimenter une saison entière, et en viennent à figer l’écosystème jusqu’alors extrêmement vivant de Game of Thrones pour gagner du temps. C’est l’heure du surplace et, pour les personnages, de la déception : poussés à l’introspection, tous constatent leur solitude dans ce monde vénéneux où plus personne ne les écoute. Benioff et Weiss redressent la barre in extremis en affirmant de nouvelles ambitions : si le texte ne sera plus jamais celui des premières saisons, les images, elles, seront plus grandioses que jamais.
Après le calme, la tempête : Hardhome (S5E08) réveille une intrigue jusque-là endormie en coinçant Jon Snow face aux épouvantables Marcheurs Blancs. La course à la surenchère démarre ici.
7. La saison 8 (2019)

Objet d’attentes incommensurables, l’ultime saison de Game of Thrones, sans doute par son format raccourci, radicalise l’approche des showrunners quant à la mise en scène du récit post-dépassement des bouquins. Weiss et Benioff entendent ainsi en mettre plein la vue, porter le dénouement au sommet de l’épique et embarquer le public au cœur d’un gigantesque carnaval fantastique, en resservant certains des moments cultes de la série. Et l’on ne peut contredire la réussite technique de ce grand final, lequel propose des visions jamais vues à la télévision grâce à une production léchée, une maîtrise indéniable de l’imagerie symbolique et quelques paris audacieux (un épisode complet dans le noir, par exemple). Mais la méthode, héritée des blockbusters estivaux, a ses énormes limites : le texte étant au service de la pyrotechnie, la complexité dramatique du show vole en éclats, les personnages caricaturés au possible, leurs actions dépourvues de cohérence, le show s’achevant sur un enchaînement de contresens à peine imaginable.
Paroxysme du duel opposant la mort et la vie, The Long Night (S7E03) privilégie l’immersion et plonge la cité de Winterfell dans un noir terrifiant où résonnent les percussions de l’enfer.
6. La saison 2 (2012)

Faire valdinguer la tête d’un protagoniste désigné comme le grand héros qui allait résoudre tous les problèmes est une chose. Savoir rebondir après un tel moment de sidération en est une autre – et une vitale pour maintenir son spectateur à bord. Ne pouvant se reposer sur ses lauriers, donc, la deuxième saison de Game of Thrones joue sur deux terrains : celui de l’exposition, l’univers de George R. R. Martin s’agrandissant encore avec l’apparition de nouveaux prétendants au trône de fer, et celui de la consolidation, les jeunes héros de la série se confrontant à leurs premiers dilemmes cornéliens, bien forcé d’évoluer sans figure tutélaire. Ce lot d’épisodes voit également la naissance du versant épique du show avec La Nera, épisode limité à un unique lieu – là aussi, un geste inédit – et à une action explosive : une bataille intense sur les rives de la capitale de Westeros où Tyrion Lannister recouvre son sérieux après avoir prouvé ses qualités oratoires.
Première vraie bataille de la série, celle de La Néra (S2E09) constitue une étape fondamentale dans le rapport de Game of Thrones à l’action événementielle et l’un de ses segments les plus intenses.
5. La saison 7 (2017)

Si elle se fit plus nettement ressentir sur la suivante, la décision de conclure la série en deux saisons seulement influa significativement sur la septième, première à voir son nombre d’épisodes écourté – sept contre les dix habituels. Exit les longues chevauchées à travers le royaume, les dialogues du quotidien et les petites fioritures qui participent à rendre cet univers crédible, vivant : Game of Thrones fonce désormais à l’essentiel, bondissant d’événement choc en événement choc, rejetant formellement et narrativement la pesanteur de ses débuts. Pour combler le deuil de ces précieux instants, David Benioff et D.B. Weiss proposent à leur public de concrétiser certains de leurs fantasmes les plus tenaces, de rencontres décisives en batailles aux centaines de figurants, comme une répétition générale pour la conclusion qui suivra. Une perte massive en subtilité, en finesse, en cohérence aussi, qui sent plus fort la dénaturation que l’accomplissement, malgré une myriade de séquences à couper le souffle.
L’on ne peut affirmer que sa trame est dénuée d’incohérence, mais Beyond The Wall croise les arguments fantastiques de la série avec une générosité jamais vue, offrant un remake surprenant et dragonesque à Suicide Squad.
4. La saison 1 (2011)

La précision avec laquelle Game of Thrones fait l’exposition de ses personnages, de leur rang, famille et relation à leur environnement est telle qu’elle éclipse l’amorce fantastique de la série, absolument glaçante. Cela n’a rien d’un défaut : la dimension surnaturelle aura tout le temps de se développer plus tard, moins pressante que celle politique et plus dialoguée qui détaille les actions menant inéluctablement à la guerre pour le trône – le fameux « game of thrones ». Le show veille alors à éclairer chacun des pions de l’immense échiquier de Westeros – et au-delà, pour une certaine Khaleesi – en articulant une intrigue de thriller médiéval captivante, laquelle met en exergue les rouages pernicieux de cet univers comme ses règles fondamentales. Les scénaristes s’assurent que leur public ne les oublie pas en optant pour la manière forte : une architecture narrative implacable et quelques mises à mort que les récits grand public se gardent généralement de commettre, par lâcheté.
Le départ de Ned Stark ne serait aussi percutant si Winter is coming n’avait aussi bien rempli sa mission, pilote d’une exemplarité remarquable dans l’établissement des enjeux politiques, et pas que.
3. La saison 6 (2016)

Il y a dans la résurrection de Jon Snow quelque chose de savoureusement méta. Après les cafouillages de la saison précédente et les doutes émis quant à la pérennité de Game of Thrones, le Lord Commandant rouvre les yeux dans un sursaut. Un petit (gros) tour de magie noire qui annonce, en complément des événements de Hardhome, le changement de priorité des scénaristes : avec la sixième saison, le show vire blockbuster hollywoodien en officialisant la passation de pouvoir entre le versant politique et fantastique. Et la mue engendre une avalanche de rebondissements comme le petit écran n’en avait (jusque-là) jamais vu passer. La renaissance du bâtard de Winterfell est aussi celle de la série, donc, qui garde ses traits principaux en allégeant ses terribles équations dramaturgiques et le dessin de ses protagonistes. Leur point de vue convergent peu à peu, indice d’une conclusion se rapprochant à grands pas, tandis que les conflits armés – une direction inéluctable en vue des forces désormais en mouvement – prennent une envergure épique, enfin.
L’on ne peut que mentionner Battle of the Bastards pour le cap qu’il représente et toute sa barbarie, mais l’épisode suivant frappe encore plus fort en parachevant l’ensemble des intrigues. The Winds of Winter est le meilleur épisode de Game of Thrones.
2. La saison 3 (2013)

S’il apparaît tout naturel que son avant-dernier épisode éclipse les précédents au vu de son revirement traumatique, il n’est pas inutile de rappeler que la troisième saison n’aurait pu jouir d’un final d’une telle portée sans préparation préalable – plusieurs années de construction consciencieuse, de personnages qui prennent les bonnes puis les mauvaises décisions, de coups bas politiques et amoureux qui catapultent Game of Thrones à son plus haut niveau. L’essentiel appartient encore aux mots dans cette fournée, les scénaristes s’accrochant à leur maxime plus qu’à leurs ambitions épiques : une phrase peut causer le mal d’un coup d’épée, voire pire. Amusés d’absoudre toute notion manichéenne, Benioff et Weiss éclairent ici particulièrement les premiers détestés, nourrissant de détails passionnants les plus arrogants, sadiques, malpolis, blessés aussi. Un éclairage qui ne fait que mettre en valeur la distance prise avec les archétypes trop faciles de la fantasy, assassinés au premier degré si trop proches.
The Rains of Castamere trône avec une certaine évidence au panthéon des épisodes qui ont fait la renommé de Game of Thrones, révélant la fourberie et l’intelligence de la série. Un choc traumatique.
1. La saison 4 (2014)

S’il ne devait en rester qu’une, ce serait elle, tant elle a su transcrire – pour ne pas dire porter aux nues – les détails les plus fourbes, glaçants et croustillants de l’univers de George R. R. Martin. Plus politique encore que ses consœurs, articulée presque exclusivement autour du procès judiciaire de Tyrion Lannister (accusé à tort d’avoir empoisonné son neveu, le roi), la quatrième saison est celle de l’apothéose : chacune de ses composantes tend à la perfection, une maestria d’écriture qui s’accompagnent de séquences purement épiques (la bataille du Mur, qui fait passer la série à l’étape supérieure d’un point de vue technique) et de performances renversantes. À commencer par celle de Peter Dinklage, déjà favori du plus grand nombre pour ses galipettes oratoires et sa position précieuse dans cet imaginaire barbare, ici affairé à des tirades tragiques tandis qu’il défend son honneur, mais également ses raisons de lutter contre l’ignominie qui règne là. Autour, les familles prétendantes grouillent et cherchent un raccourci pour grimper sur le trône en profitant de ce remue-ménage exceptionnel. Chaque épisode est ainsi celui d’un retournement inoubliable, d’un twist salvateur ou d’un meurtre atroce, faisant de cette quatrième fournée un moment de télévision particulièrement important dans l’histoire : celui où la révolution Game of Thrones atteint son sommet.
Difficile de ne sélectionner qu’un épisode tant cette quatrième saison aligne les réussites, mais l’on doit bien avouer que le procès de Tyrion et son monologue acerbe constituent un moment de télévision historique.
