Tron : Ares, circuit fermé [Critique]

Tron rate sa mise à jour : Ares, le dernier opus en date, fait perdre son actualité à la saga en avançant un discours daté et une tonne de stéréotypes.
Ares, un programme informatique très sophistiqué, est envoyé dans le monde réel pour une mission dangereuse. Cela marque la première rencontre de l’Humanité avec des êtres doués d’intelligence artificielle.
Disney ressort Tron du placard. L’occasion rêvée, en théorie, de revitaliser une franchise laissée au repos depuis 2010 et de l’arrimer aux angoisses du moment – l’intelligence artificielle, puisqu’il faut bien. Et le postulat de ce troisième volet a de quoi séduire : plutôt que d’enfermer ses protagonistes dans les limbes d’un programme informatique, celui-ci lâche les émanations du numérique dans le monde réel, histoire d’inverser la perspective. L’idée aurait pu chambouler une licence endormie, voire redonner un semblant de vision à cette industrie du blockbuster qui tourne en rond. Sauf que Tron : Ares ne fait rien de tout cela, le long-métrage s’inscrivant dans la lignée de ces « legacyquels » usinés dont la seule raison d’être tient à la pérennité financière de leur marque. Le scénario dilue ainsi son concept prometteur dans une bouillie narrative d’une fadeur confondante, pavée de raccourcis fumeux, de dialogues sommaires et de personnages dont on jurerait qu’ils ont été générés par algorithme. Au centre de ce naufrage, le protagoniste éponyme, assemblage de lignes de code affublé du visage de Jared Leto, qui se rêve une humanité et par lequel le film régurgite les poncifs les plus éculés de la science-fiction. C’est là que le bât blesse. Jadis visionnaire, la saga paraît avoir pris un siècle dans la vue.
Pour autant décidé à en mettre plein les rétines, produit Disney oblige, Ares annonce très tôt ses ambitions en matière de grand spectacle. Le film amorce presque immédiatement des séquences d’action où les motos luminescentes qui ont fait la réputation esthétique de la franchise goûtent aux routes bitumées de notre réalité. Le choc des dimensions fait son petit effet : les chorégraphies exécutées par les véhicules, lancées à toute vitesse, occasionnent une imagerie de collision permanente et tout à fait de circonstance, puisque appuyant la matérialité nouvelle de ces êtres et machines extraits d’un ordinateur. Mais ces démonstrations de force qui parsèment le film, clinquantes et sensorielles, bigrement évocatrices aussi, ne durent jamais bien longtemps. Tournure peu surprenante, au fond : l’annonce du boucher en charge de cette suite tardive laissait présager un tel bilan. Il faut dire qu’après avoir fait toucher le fond à la saga Pirates des Caraïbes et précipité la méchante Maléfique dans le nauséabond Pouvoir du mal, Joachim Rønning est passé maître dans le sabotage de marques établies – et, de ce fait, récidive gaiement ici. Sous sa direction, pour peu qu’il en tienne une, l’univers de Tron perd non seulement sa capacité d’émerveillement mais également sa valeur symbolique, elle qui faisait le cœur du film originel.
S’il est donc un point sur lequel cette version 2025 est alignée à celle de 1982, c’est bien celui du raccordement entre le texte et l’image. Tandis que Steven Lisberger se dépatouillait avec les trucages novateurs, mais balbutiants, de l’époque pour annoncer les grandes révolutions technologiques à venir, son successeur s’arrange pour que la frilosité du texte se ressente au travers d’un flux d’images lissées – et par conséquent incapables d’accrocher la moindre pensée. De surcroît, s’il fallait lire dans cette fâcheuse (absence de) vision un commentaire sur le temps présent, celui-ci serait probablement involontaire de la part du géant Disney, mais surtout en sa défaveur : tout semble désormais procéder d’une intelligence collective sans cinéaste, d’un automatisme visuel qui reproduit plutôt qu’il n’invente. Un constat qui dépasse le simple cas Tron et dit quelque chose d’un septième art mondialisé, livré aux protocoles de ses algorithmes. Du reste, le blockbuster faisandé du jourvend moins l’utopie promis par les épisodes précédents qu’il ne confirme l’enfer technologique dans lequel l’industrie s’est embarquée. Unique trace de résistance face à ce phénomène apocalyptique : les notes électroniques de Nine Inch Nails, le groupe succédant sans trop de démérite à Daft Punk, et la présence toujours appréciable de Greta Lee.
