Solo Leveling (Saison 2), toujours plus fort [Critique]

Légèrement plus encombrée, la deuxième saison de Solo Leveling mise comme la précédente sur l’effet cathartique procuré par ses séquences d’action.
Désormais plus puissant que jamais grâce aux pouvoirs inhérents à sa nouvelle classe, le chasseur Sung Jin-woo peut reprendre sa quête visant à obtenir l’Élixir de vie.
La première saison de Solo Leveling était forcée d’attirer l’attention : celle-ci s’inscrivait dans une mécanique de déclinaison de masse à laquelle plus aucune licence à succès n’échappe de nos jours. Saga de romans web suivie par deux millions de lecteurs, webtoon parmi les plus populaires de tous les temps, jeu mobile téléchargé plus de quinze millions de fois… L’œuvre de Chugong a conquis les mediums avec une férocité similaire à celle de son héros – chasseur de monstres capable de monter en puissance après chaque victoire, tel un personnage de jeu vidéo – et a su négocier son virage vers l’animation avec douze premiers épisodes galvanisants à souhait. C’est à cela que la priorité fut donnée pour cette énième adaptation, et c’est à cela qu’elle l’est encore : l’effet cathartique procuré par les bastons de Sung Jin-woo et l’ascension qu’elles illustrent, lesquels comptent davantage que la mise en mouvement de son univers, (pour le moment) peu complexe et (un peu trop) comparable à ce qui se fait à côté. Et pour coller aux miracles du protagoniste, toujours plus étourdissants sur cette seconde saison, les japonais de chez A-1 Pictures ont dû se retrousser les manches jusqu’aux épaules. Les séquences d’action tournent désormais toutes à la débauche, sans exception. Distorsions anatomiques, frappes subliminales et flashs aveuglants participent à un débordement global auquel se plie la réalisation – et le crayon des animateurs. Le trait classique ne suffit plus ; il se brise, s’éclate, se recompose, au diapason d’une physique délestée de toute contrainte, d’affrontements qui dépassent l’entendement humain. Les récents Demon Slayer et Jujutsu Kaisen, tenus par les nouveaux cadors de l’animation, n’ont qu’à bien se tenir.
Mais l’emportement formel ne fait pas tout, alors Solo Leveling réfléchit le fond à minima. La saison précédente faisait se rejoindre discrètement le gain de pouvoir et la perte d’humanité, suggérant que quiconque se voit doter d’une telle force ne peut que céder un bout de son âme en échange. La deuxième met de côté la piste de la déchéance morale – la série rebrousse même chemin en appuyant la nature attentionnée de Jin-woo – et table plutôt sur l’affinement de sa critique de la société sud-coréenne, obnubilée par le rendement et le statut social. Le pourfendeur de monstres, surveillé par les médias et les hordes de fans, y figure autant super-héros que maillon du système : ses conquêtes remplissent les coffres de corporations qui fixent elles-mêmes les règles, de guildes qui se chamaillent pour recruter la vedette du moment. Il y a ainsi quelque chose de savoureux dans la varappe du protagoniste, lequel provoque l’affolement de son entourage en gravissant les strates sociales d’un pays qui tient à la hiérarchie entre les individus. Solo Leveling s’ouvre également, laconiquement, à de petits commentaires concernant la difficulté de sauvegarder l’entente internationale. Pas de quoi froisser qui que ce soit : tout cela demeure embryonnaire, mais ce léger gain de maturité répare les déconvenues d’une saison frappée par des baisses de rythme régulières, des flashbacks grossiers et une rasade de personnages secondaires qui apparaissent et disparaissent aléatoirement, et dont la série se fiche éperdument. L’encombrement de cette dernière est néanmoins entendable. Par le truchement de dynamiques inédites, découlant de nouveaux visages et d’enjeux précisés – et donc de quelques gaucheries –, le récit s’évite une répétition qui pourrait lui être fatal.
