Rebel Moon : Partie 2 – L’Entailleuse, égratignure de rien du tout [Critique]

Son périmètre fortement réduit, Rebel Moon : Partie 2 se trouve plus digeste que l’épisode précédent, mais souffre du même manque de vision.
Kora et son groupe de guerriers sont prêts à tout sacrifier pour se battre aux côtés du peuple de Veldt. À la veille de la bataille, les guerriers se confrontent à la vérité de leur propre passé, chacun révélant les raisons de son ralliement à la cause.
Plagiat, hommage, contrefaçon, référence… Entre ces mots, un flou qui arrange bien Rebel Moon. À la base, il s’agissait d’adapter Les Sept Samouraïs à la sauce Star Wars, et de manière officielle. Zack Snyder n’y est parvenu qu’à moitié, puisque sans l’aval de Lucasfilm. Ce n’est pas faute d’avoir fait du pied au studio. Il n’est donc fait nulle mention d’un Empire galactique, de Jedi ou de sabres-lasers dans cette histoire de paysans rackettés par des vilains de l’espace, mais cette dernière réunit quand même un système totalitaire terrorisant l’univers, des super-guerriers venus de planètes (très) lointaines et des épées lumineuses. Le metteur en scène pensait visiblement pouvoir dompter ces accointances avec sa réalisation bourrine, dopée aux ralentis et autres symptômes d’un maniérisme exacerbé. Il faut croire que les spectres de Blade Runner, Conan le Barbare, Mad Max, Warhammer et La Guerre des étoiles, donc, sont tenaces. La chose est un petit peu moins embarrassante dans cette seconde partie. Rebel Moon 2 n’en a pas fini avec les clins d’œil balourds, ni avec les flashbacks tire-larmes et les lamentations de ses héros torturés, toujours aux bords des larmes, mais le blockbuster réduit considérablement son périmètre – la lune mentionnée dans le titre, et guère davantage – pour gagner en vélocité et calmer la course à l’imitation. Moins encombré de micro-péripéties, l’opus consacre une heure pleine à la bagarre annoncée par le précédent, celle dont dépend le destin de ces agriculteurs de la galaxie et qui, pour le moment, se doit de boucler le gros des enjeux. Akira Kurosawa faisait de même dans son chef d’œuvre, après tout.
Autour, pas grand-chose à se mettre sous la dent pour les aficionados de science-fiction, mais cela vaut mieux : lorsque Snyder improvise, il se vautre dans la contemplation du corps suintant et le discours viriliste qui va de pair. Le voir réfréner ses pulsions fétichistes, au moins sur le départ, donne au spectateur le temps d’inspirer suffisamment fort pour soutenir la suite du spectacle, marqué par les tirs de plasma, les saynètes iconiques, les grimaces du grand méchant nazi et les fonds verts (très) voyants. Cependant, si la soupe est cette fois-ci plus digeste, elle valide également les craintes de voir le réalisateur s’enfermer dans ses pires travers. Son précédent Army of the Dead, aussi produit par l’ogre Netflix (bien content de ramasser une énième arme de souscription massive), se perçoit maintenant moins comme une récréation méritée (après le cirque Justice League) que comme l’annonce d’un tournant dans la carrière du cinéaste, plus inquiété par ses ambitions de méga-franchise que par celles de préserver les qualités de son cinéma pré-streaming, quand il filmait les actions de ses protagonistes comme des tableaux antiques. En comparaison, Rebel Moon : Partie 2 – L’Entailleuse, avec sa pellicule marronnasse et son manque affreux de vision, égratigne à peine.
