The Clone Wars (Saison 7), le vrai réveil de la Force [Critique]

The Clone Wars revient pour une septième et dernière saison, corrélée aux événements de La Revanche des Sith : un spectacle ébouriffant qui fait recouvrer à Star Wars sa grandeur.
Le conflit opposant la République aux Séparatistes touche à son terme. Tandis que les Jedi mènent les combats aux quatre coins de la galaxie, l’ancienne padawan Ahsoka Tano doit cacher son passé, en espérant que celui-ci ne la rattrape.
Les personnages de Star Wars évoqueraient probablement une perturbation dans la Force. Par chez nous, il serait plus commun de parler d’un miracle. Bouclée dans la précipitation suite au rachat de Lucasfilm, la série d’animation de Dave Filoni ressuscite sur la plateforme de streaming Disney+ le temps de s’offrir une conclusion digne de ce nom, six ans après avoir été mise à l’arrêt. Pour le showrunner et ancien poulain de George Lucas, dont la place d’importance au sein du studio s’est précisée avec la production de Star Wars Rebels et beaucoup plus récemment The Mandalorian, c’est l’occasion de raccrocher pour de bon le spin-off à La Revanche des Sith et de profiter de la simultanéité des événements pour livrer une lecture alternative toujours plus riche, nuancée et trépidante de ce qui se joue dans les opus cinématographiques. Filoni s’y emploie sans surprise, et ne revoit pour cela que peu ses méthodes : dans la pure tradition des précédentes, la septième saison se décompose en arcs hétéroclites, attachés à des lieux et enjeux différents qui, de prime abord, semblent reprendre la structure anthologique des six précédentes. Néanmoins, il apparaît assez tôt que, si les douze épisodes qui la composent sont loin de répondre aux mêmes standards de qualité, la série consacre en réalité les huit premiers à une longue, mais nécessaire, remise en perspective. Il s’agit principalement de rappeler les ambitions de cette dernière – et ses plus grands faits d’armes : étoffer l’individualité des soldats clones via le périple de la Bad Batch, escouade hors-normes ; exposer le regard désenchanté du peuple sur l’Ordre Jedi avec les altercations sororales des Martez ; dissoudre, à travers ces trajectoires parallèles, le manichéisme qui a longtemps pesé sur la franchise. Et dans ce terreau fraîchement remué, planter les graines d’une tragédie que les quatre derniers épisodes se chargent de faire éclore.
Tragédie qui n’est ni plus ni moins que celle qui fit le sel de l’Episode III, dont Filoni récupère le capital émotionnel, le pessimisme et la démesure pour les redistribuer à hauteur d’Ahsoka Tano, son personnage fétiche, devenue par la force des choses la mascotte du show. Le siège de Mandalore d’abord, fabuleuse bataille visant à déloger l’increvable Maul, durant laquelle la série enchaîne les séquences épiques sans jamais perdre de vue la poésie funeste qui sourd du chaos. Le duel épique qui en découle, petite prouesse d’animation, mène à son comble un arc entier placé sous le signe de l’irréversible, The Clone Wars réunissant là deux personnages que la saga a délibérément mis en marge – reniés l’un et l’autre par leur ordre respectif – face à un événement qu’aucun d’eux ne peut conjurer, peu importe la manière. La chute de la République, donc, enregistrée cette fois loin de Coruscant, de ses institutions que Lucas filmait de l’intérieur. Inéluctablement renvoyés à leur impuissance, ceux que le programme désignait jusque-là comme des acteurs de la guerre des clones changent également de statut en même temps que la série confirme l’horrible perfidie du grand méchant Palpatine. Jedi, Sith, Séparatistes, clones, politiciens, droïdes y figurent comme des pions, pour certains comme de simples spectateurs, sur un échiquier galactique dont seul le futur Empereur connaît les règles et dont l’étendue se révèle pleinement ici. The Clone Wars se conclut ainsi de la plus belle des manières, à la fois revitalisée par un graphisme affiné qui rend les scènes aériennes et autres formes de confrontations plus fluides que jamais, mais aussi en démontrant toute la pertinence de ce gigantesque « à côté » narré par la série. La preuve, s’il en fallait une après la première saison réussie de The Mandalorian, que Lucasfilm n’a pas complètement perdu la main. Il est là, le vrai réveil de la Force.
