Tyler Rake, action en cascade [Critique]

Netflix semble avoir trouvé sa nouvelle licence d’action fétiche avec Tyler Rake : porté par Chris Hemsworth, le blockbuster fait tout exploser sur le modèle du récent John Wick.
Lorsque le fils d’un trafiquant de drogue est enlevé, le mercenaire Tyler Rake est missionné pour sauver l’enfant. Une mission dangereuse, aux complications multiples, qui pousse le soldat dans ses derniers retranchements.
Parce que le nom de Sam Hargrave ne constitue pas encore – et ne constituera pas tout de suite – un argument de vente suffisamment puissant, Netflix a préféré capitaliser sur celui des frères Russo pour vendre sa dernière machine de guerre, Tyler Rake. Un prestige de surface qui masque à peine la réalité plus modeste du projet, confié à un ex-cascadeur qui, dans le sillon de Chad Stahelski ou David Leitch, s’est senti la moelle de tenir une caméra. Un mouvement porteur d’un autre, filmique : celui de la cascade sacralisée, élevée au rand d’outil esthétique, le combat comme matière première du cadre, le mouvement comme ligne directrice d’une mise en scène sans autre ambition que le choc des corps. Tyler Rake condense cette philosophie dans une séquence unique : douze minutes de faux plan-séquence qui suivent Chris Hemsworth à travers Dacca, des ruelles populeuses aux routes défoncées. La caméra colle aux basques du mercenaire, pivote autour des obstacles, se faufile dans les voitures accidentées, ressort pile au moment où une balle siffle. Hargrave y déploie tout son bagage accumulé sur les plateaux des productions Marvel, orchestrant une chorégraphie millimétrée qui voudrait faire oublier sa propre fabrication. Sauf que les raccords numériques se repèrent trop facilement, dissimulés derrière des passants ou des véhicules qui obstruent opportunément le plan, et que cette mécanique si huilée finit par trahir son artifice. Ce qui devrait produire une immersion totale se transforme en parade qui attire l’attention sur elle-même plutôt que sur ce qu’elle raconte. Cette séquence cristallise d’ailleurs l’unique ambition du long-métrage : démontrer un savoir-faire technique au détriment de tout le reste. Une fois ce morceau de bravoure épuisé, Tyler Rake retombe dans une succession de fusillades anonymes qui recyclent les codes du genre sans les questionner, confirmant que le film n’avait finalement qu’une seule idée à proposer.
Le décor que parcourt le héros ne prétend à aucune vraisemblance. La capitale du Bangladesh se réduit à un amas de ruelles insalubres et de taudis grouillants, environnement générique que Hollywood duplique depuis des décennies. Hargrave badigeonne le tout d’un filtre ocre donne à la ville des allures de fournaise oppressante, même les scènes nocturnes conservant cette teinte sépia maladive. Cette surcharge chromatique participe d’une esthétique du chaos : Dacca devient un labyrinthe hostile, ville-piège où chaque recoin dissimule un danger, terrain de jeu pour mercenaires occidentaux venus y exercer leur violence rédemptrice. Le scénario, signé Joe Russo, plaque sur cette toile de fond une intrigue sommaire : Tyler Rake, ancien soldat reconverti en mercenaire, doit extraire le fils adolescent d’un baron de la drogue emprisonné. Chris Hemsworth endosse ce rôle avec le même sérieux appliqué qu’il mettait à jouer Thor, muscles saillants et mâchoire serrée, mais le personnage demeure désespérément opaque. Le film suggère un traumatisme paternel – la mort d’un fils, évoquée par flashbacks elliptiques – censé expliquer son attachement à l’adolescent kidnappé, mais cette psychologie sommaire ne suffit jamais à construire une véritable profondeur. Le comédien australien compose un héros creux qui encaisse les balles et les coups sans fléchir, dont l’invulnérabilité finit par annuler toute tension. Cette imperméabilité à la douleur fait basculer les affrontements en parades musculaires où l’issue ne fait jamais de doute, vidant progressivement le film de tout suspense. Plus les prouesses s’accumulent, plus l’ennui gagne, faute d’enjeux véritables capables de justifier ce déferlement de violence. Tyler Rake incarne ainsi le paradoxe du cinéma d’action Netflix : techniquement compétent, porté par une star en quête de second souffle, mais dénué de toute ambition au-delà du divertissement immédiat.
