Les Nouveaux Mutants, sursaut d’une saga à l’agonie [Critique]

Les Nouveaux Mutants clôture la franchise X-Men, à l’agonie depuis plusieurs années, avec un spin-off plus réjouissant que le pâlot Dark Phoenix.
Retenus contre leur volonté dans un mystérieux hôpital psychiatrique, quatre jeunes mutants sont pris en charge par le Dr Cecilia Reyes. Cette dernière les surveille attentivement et leur apprend à maîtriser leurs pouvoirs afin d’oublier les graves erreurs commises dans le passé.
Vingt ans de cinéma mutant, et voilà comment cela se termine : dans l’indifférence polie d’une sortie en salles arrachée de justesse. Les Nouveaux Mutants devait inaugurer une trilogie, étendre l’univers X-Men vers des contrées horrifiques inexplorées, offrir à la Fox un nouveau souffle créatif après les errances d’Apocalypse et l’agonie annoncée de Dark Phoenix. Le rachat par Disney, les reshoots avortés, les reports en cascade ont eu raison de ces ambitions : ce qui parvient aujourd’hui sur les écrans ressemble à un objet rescapé d’un naufrage, portant les stigmates d’une production chaotique et les cicatrices d’un montage manifestement subi. Josh Boone livre un film qui documente malgré lui l’effondrement d’une franchise jadis pionnière, celle qui, sous la houlette de Bryan Singer, avait posé les fondations du blockbuster super-héroïque moderne au tournant du millénaire. Les Nouveaux Mutants arrive trop tard, incapable de renouer avec cette alchimie fondatrice. Le long-métrage tente des incursions dans l’épouvante, le drame adolescent, le fantastique psychiatrique, mais aucune de ces veines ne trouve la profondeur nécessaire : tout ce que le film esquisse se voit aussitôt neutralisé, comme si une main invisible gommait systématiquement les aspérités. Boone s’essaie parfois à réveiller son audience par des procédés éculés ou par l’esquisse de pistes énigmatiques, mais l’ensemble, poli à l’excès, souffre d’une timidité qui confine à l’auto-sabotage. Sage au point d’en frustrer, le blockbuster étouffe la fougue de ses protagonistes pour emprunter des rails convenus, aux antipodes de ce que promettait son argument séduisant : une relecture ténébreuse du premier X-Men, un huis clos cauchemardesque. Faute d’un langage propre, le cinéaste accumule les citations (Vol au-dessus d’un nid de coucou, Glass, Logan) sans jamais les digérer, spectres tutélaires dont la présence embarrasse davantage qu’elle ne rassure.
Le film puise néanmoins une énergie réelle dans la dynamique de son groupe, et c’est là que Boone retrouve quelque chose de l’élan singerien. Avec une certaine astuce, le scénario tisse des connexions vives au sein de cette bande de réprouvés dont les pouvoirs constituent autant de malédictions intimes, trouvant dans leurs interactions un moteur suffisant pour relancer la machine. Le metteur en scène reconstitue l’émerveillement d’un Wolverine débarquant jadis à l’Institut Xavier, cette logique de découverte servant à dessiner les rapports de force et de tendresse qui unissent les pensionnaires. Il prévoit de révéler ces jeunes visages par le biais de séquences cauchemardesques, employant l’horreur comme outil d’étude psychologique : l’exécution reste superficielle, mais l’intention confère au récit une singularité bienvenue au sein d’une franchise qui avait fini par oublier ses personnages au profit de ses apocalypses cosmiques. Nulle créature griffue, nul télépathe chauve ici : Les Nouveaux Mutants adopte une ambition modeste, celle de dresser le portrait d’adolescents mal dans leur peau, renouant avec la dimension humaine qui fondait la licence. Malgré une écriture parfois grossière, le collectif dégage une sympathie franche, portée par un casting prometteur où Anya Taylor-Joy, armée d’une épée magique et d’un flegme désarmant, illumine ses scènes avec une évidence réjouissante. La voici qui fracasse du démon et chatouille du dragon, seule à sembler s’amuser dans ce couloir psychiatrique. Cela ne suffit évidemment ni à sauver le film ni à honorer l’héritage glorieux du merveilleux X-Men 2, mais cela rappelle, fugacement, ce que cette saga savait autrefois produire : des mutants attachants, un peu cabossés, dont les tourments intérieurs valaient tous les combats titanesques.
