Les Quatre Fantastiques : Premiers pas, l’union fait la pose [Critique]

Le reboot des Quatre Fantastiques a fière allure avec sa direction artistique rétro-futuriste. Mais derrière cette jolie vitrine, le film Marvel accuse un vrai manque de souffle.
Obligés de trouver un équilibre entre leur rôle de héros et la force de leur lien familial, les Quatre Fantastiques doivent défendre la Terre contre un dieu de l’espace vorace appelé Galactus et son énigmatique héraut, le Surfeur d’argent.
Multivers à perte de vue, personnages clonés d’une chronologie à l’autre, scénarios débordants d’enjeux cosmiques et de fan service : voilà un petit moment que la promesse faite d’un univers cinématographique partagé s’est muée en impasse artistique et industrielle. Trente-septième opus de la saga Marvel, Les Quatre Fantastiques : Premiers Pas avance l’idée – audacieuse sur le papier et, avouons-le, un brin naïve – qu’il est encore possible de repartir sur des bases saines. Oublier les « variants », renoncer à l’interconnexion permanente et renouer avec une forme de clarté dramatique, recentrée sur une cellule héroïque autonome. Une planète, une famille, un foyer. Dirigé par un réalisateur habitué à fricoter avec les super-héros (WandaVision) et habité par un quatuor d’acteurs au pedigree impeccable, le blockbuster emprunte ainsi la voie louable, pour ne pas dire salutaire, du désencombrement. Et il faut bien reconnaître que cette ambition s’incarne, à première vue, avec une certaine tenue : direction artistique léchée, décors sixties à la croisée du pulp et de la maquette publicitaire, bande-son triomphale signée Michael Giacchino… Ce Quatre Fantastiques, non content de rendre (enfin) justice à des personnages malmenés par trois fois au cinéma, tient pour atout la cohérence plastique de son monde, dimension alternative dans laquelle les protagonistes occupent un penthouse high-tech aux airs de capsule utopique, combattent des vilains aux projets improbables, se trouvent affublés de costumes qui frôlent délicieusement la parodie – évoquant, de toute évidence, les bandes dessinées de Jack Kirby – et tiennent une place importante dans le champ médiatique. À cette façade clinquante répond une réalisation modeste, laquelle s’interdit de surligner ce que le décorum exprime déjà avec suffisamment de relief. En cela, le long-métrage semble moins animé par une volonté de moderniser la mythologie Marvel que de la contenir dans un écrin soyeux, où le design prévaut sur le souffle. C’est aussi ce qui joue principalement contre lui : son raffinement global finit par éteindre l’intensité même de ce qui est raconté et par censurer le désordre, même infime, nécessaire à toute émotion.
S’il est fâcheux que le film reste souvent prisonnier de sa vitrine, cette nouvelle incarnation a le mérite (trop rare dans la franchise) d’assumer une structure familiale comme socle dramatique et non comme prétexte. D’entrée de jeu, une scène anodine fixe un cadre à la fois rétro et prosaïque, dans laquelle les super-pouvoirs sont intégrés à la routine. Le ton est donné : aux envolées héroïques, Premiers Pas préfère les tracas domestiques. Mais surtout, ces personnages hauts en couleur ont bien plus à prouver en tant que citoyen et parent qu’en tant que défenseurs de l’humanité. Un point qui confère au scénario une assise précieuse : en éludant l’origine des pouvoirs et en supposant un passé déjà chargé de péripéties, cette mouture fait le pari du hors-champ narratif pour mieux concentrer son énergie sur le présent du groupe – et les tourments personnels que leur impose un ennemi galactique. L’intime se heurte ici à l’universel via des dilemmes qui font discrètement la richesse du récit, entre parentalité contrariée, responsabilité morale d’une intelligence surhumaine et tentative de se reconnecter aux gens ordinaires. Des enjeux qui, même si survolés pour la plupart, apportent à cet opus une densité émotionnelle singulière pour le genre. Mais cette jolie constellations d’intentions ne fait pas tout. Malgré la qualité de sa distribution, sélection affinée des noms les plus courtisés du moment, le film Marvel peine à faire vibrer la dynamique de groupe qu’il prétend célébrer. Derrière les petites répliques qui ponctuent les scènes de diner, les héros se réunissant plus pour casser la croute que défaire du méchant – ce n’est pas un souci –, se devine un passé commun, une entente déjà rodée, mais le scénario ne l’active que par allusions fugaces, préférant distribuer des séquences illustratives plutôt que d’approfondir ce qui lie ou oppose vraiment ces quatre-là. Faute de mise à l’épreuve, ce tissu relationnel reste de l’ordre de la pose. Marvel change bien de costume, troque les oripeaux fatigués du multivers pour une tenue vintage cousue main, mais sous la coupe parfaite, l’âme est portée disparue. Dommage : la franchise n’en a justement jamais eu autant besoin.
