Love, Death & Robots (Saison 4), système saturé [Critique]

Love, Death & Robots ne surprend plus : sa quatrième saison recycle les mêmes recettes, avec toujours moins d’idées et toujours plus de vernis.
La série anthologique revient pour une quatrième saison avec dix nouveaux courts-métrages indépendants mêlant science-fiction, horreur, satire et fantaisie absurde, déconseillés aux âmes sensibles.
Quatrième saison, et déjà le sentiment que l’algorithme a pris le pas sur la pulsion créatrice que la série revendiquait haut et fort, autrefois. Depuis son lancement, Love, Death & Robots prétend ouvrir un espace d’expérimentation, une zone franche où se mêleraient science-fiction, satire, effroi, grotesque et splendeur graphique, le tout sous la surveillance de réalisateurs au pire expérimentés (Tim Miller, le passionné d’effets spéciaux derrière Deadpool), au mieux respectés de tout le milieu (David Fincher, dont on ne fait plus la présentation). En pratique, la série s’apparente de plus en plus à un système refermé sur lui-même, où chaque embranchement reconduit les automatismes des précédents, où l’apparente diversité des récits masque une logique de reproduction, et où l’idée même d’anthologie finit par se dissoudre dans un format réduit à son économie interne. La dernière saison en date aligne donc ses segments comme on aligne des articles de catalogue. Là, un concert-marionnette pour un groupe de rock bien connu, un tyrannosaure dressé dans l’espace, un dauphin messie, un chat doctrinaire, des nourrissons exterminateurs et l’inévitable apocalypse miniature en caméra tilt-shift. Chacun d’entre eux fonctionne selon un protocole identique : un postulat fort, une esthétique instantanément identifiable et une volonté fébrile de paraître transgressif sans jamais égratigner le cadre. Ce qui reste d’expérimental dans ce dispositif tient moins à la nature des idées qu’à leur absence de développement : dans ce quatrième volume plus que dans les trois précédents, la plupart des courts-métrages s’évanouissent avant d’avoir éprouvé leur concept drôlatique, non par manque de temps mais parce que la série fait désormais principalement dans l’étalage et ne s’encombre plus de l’exercice de pensée généralement attribuée à son genre.
Le cas le plus symptomatique, peut-être, reste celui de The Screaming of the Tyrannosaur, orgie numérique dissimulant un vide dramaturgique abyssal, dans laquelle Tim Miller empile dinosaures de synthèse, gladiateurs augmentés, décors criards et décadence intergalactique avec la frénésie d’un enfant à qui l’on aurait laissé les clefs d’un moteur de rendu. La présence de James « MrBeast » Donaldson, en maître de cérémonie dégénéré, parachève cette simulation de grand spectacle : un délire visuel sans tension, une provocation politique vidée de sa charge, une opération marketing déguisée en satire. Plus largement, cette nouvelle garnison de courts-métrages, en prétendant juxtaposer dix visions du futur, présente surtout dix façons de recycler le présent. Chaque mini-script semble ainsi cocher une case dans la grande base de données des obsessions contemporaines : un ersatz de discours religieux, un bestiaire de glitchs biologiques, un répertoire de références vidéoludiques maquillées en mythologie, un décalque ironique des structures narratives les plus attendues, un échantillon d’angoisse existentielle préemballé… L’animation, jadis chantier de l’absurde ou du déraillement symbolique, fonctionne ici comme un exosquelette parfaitement huilé, conçu pour accueillir des protocoles scénaristiques interchangeables. Une lumière bleutée désignera un trauma, un zoom synaptique mimera la révélation, un grain argentique sur ralenti suffira à signaler l’épique. Rien n’est laissé au hasard, mais tout semble émaner d’un système automatisé, comme si Love, Death & Robots avait trouvé le moyen de compresser la notion d’univers en une suite de stimuli immédiatement assimilables, parfaitement calibrés pour un spectateur lui-même absorbé par la grande, mais pernicieuse, machine à divertissement qu’est Netlix.
