Pokémon : Détective Pikachu, fan-service et au-delà ! [Critique]

Pour la première fois en live-action, les Pokémon s’invitent au cinéma dans une sympathique comédie d’aventure où Ryan Reynolds fait des étincelles.
Après la disparition mystérieuse de Harry Goodman, un détective privé, son fils Tim tente de découvrir ce qui s’est passé. Le détective Pikachu, ancien partenaire de Harry, participe à l’enquête
Il y a vingt ans, la franchise Pokémon s’invitait déjà dans les salles obscures avec un long-métrage tiré de la série d’animation à succès. Il fallait surtout y voir une tentative de conquérir un nouveau territoire culturel, après que la licence se soit installée dans les cours de récréation du monde entier, faisant des cartes à collectionner une monnaie intergénérationnelle et de ses créatures imaginaires les nouvelles mascottes de l’empire Nintendo. Aujourd’hui, Pokémon réitère le passage au format cinéma avec un spin-off singulier – et cette fois en prise de vue réelle : l’adaptation d’un jeu vidéo récent, Détective Pikachu, dans lequel le joueur collabore avec un Pikachu doué de parole. Un projet réunissant, sur le papier, tous les ingrédients du festival à fan-service auquel s’adonne (malheureusement) les blockbusters tirés du médium vidéoludique. Pourtant, c’est précisément en s’affranchissant des conventions habituelles du jeu vidéo que le film parvient à éviter l’écueil de la simple illustration servile. Son intérêt réside dans un postulat doublement inattendu : un héros humain peu attiré par les monstres de poche, et une ville, Rhyme City, où les combats de dresseurs ont été bannis. Ce cadre singulier désamorce efficacement les réflexes habituels de la franchise : le scénario s’en sert pour écarter les clichés du parcours initiatique « pokemonesque » – conquête d’arènes et collecte de badges – au bénéfice d’une intrigue plus décentrée, bien que mécaniquement prévisible. En parallèle, le défi est visuel : donner corps à un bestiaire jusque-là cantonné à la 2D ou à l’animation traditionnelle. Sur ce plan, la transition est étonnamment convaincante. Sans battre les records d’Avatar, les créatures numériques s’imposent à l’écran grâce à un photoréalisme soigneusement travaillé, combinant textures réalistes et mouvements expressifs.

Ce travail de transposition formelle s’accompagne d’un mélange de genres fort plaisant : Détective Pikachu fait se chevaucher le film noir, avec ses disparitions mystérieuses et ses scènes de crime, la comédie familiale, pour son ton généralement bon enfant, et la science-fiction, l’univers de Pokémon reposant sur des technologies spécifiques que le scénario prend au sérieux. Le film manie également des accents parodiques, sans jamais sombrer dans le burlesque, offrant un léger recul sur les codes du polar et autres registres explorés, ce qui génère de beaux moments comiques. Le principe d’assemblage se vérifie aussi dans le soin méticuleux apporté aux décors et à l’atmosphère générale : Rhyme City, avec ses néons omniprésents, évoque immanquablement le Blade Runner de Ridley Scott, imaginé comme s’il avait croisé le Tokyo contemporain. Quant à la caméra de Rob Letterman – dont il faut saluer ici le travail le plus respectable à ce jour –, elle ne révolutionne rien, mais parvient à tirer quelques panoramas agréables de ce décor rétrofuturiste. Toutefois, le réel moteur du long-métrage réside dans le duo central, dont la complicité s’impose aussitôt : Tim, jeune homme un peu mélancolique, et Pikachu, boule de nerfs doublée d’une voix adulte. C’est Ryan Reynolds qui s’y colle, momentanément sorti de son costume de Deadpool, et insuffle à la souris jaune un capital sympathie impressionnant. Le hic, c’est que cette belle mécanique tourne à vide dès qu’on gratte le vernis : Détective Pikachu semble en effet craindre sa propre étrangeté, refusant la folie douce qu’un tel concept appelait, malgré une sincérité désarmante. Et si Pokémon doit un jour retrouver au cinéma la magie de ses origines, ce sera sans doute par cet entrebâillement-là. Celui d’un monde à refonder, confié à des rêveurs qui n’auraient pas peur de tout casser pour mieux recommencer.
